NICOLAS-JOSEPH
CUGNOT

préambule

la vie de Joseph Cugnot et de ses fardiers
textes, articles de presse
principales caractéristiques techniques du fardier

le contexte

le fardier n° 3
maquettes, répliques

retour à la page automobile




Pour voir le fardier, deux adresses ; le C.N.A.M. à Paris
et le Tampa Bay Automobile Museum Collection à Tampa, Clearwater, St. Petersburg area of west central Florida (Alain A. Cerf ),
auteur du site nicolascugnot.com


Pauvre Cugnot !

En préambule, un article paru dans l'Auto Journal, le 29 janvier 1970 !

PAUVRE CUGNOT !

Nicolas-Joseph Cugnot, créateur des premiers véhicules automobiles en 1769, puis en 1770, paraît voué à l'oubli, malgré l'occasion unique que nous offre le calendrier de réparer cette monstrueuse ingratitude, L'inventeur du moyen de transport qui allait transformer l'activité humaine demeure un inconnu.
Les anniversaires se suivent et ne se ressemblent pas. Le bicentenaire de la naissance de Napoléon a été fêté à satiété, dans tous les domaines, pour le plus grand bonheur des historiens, polygraphes, graphomanes, numismates et antiquaires. Le cinquantenaire de la mort d'un des plus grands poètes français, Guillaume Apollinaire, a été célébré à voix basse. Le bicentenaire de Cugnot est escamoté.
Tout d'abord il ne dispose à Paris que d'une ruelle ; la capitale où tant de médiocres ont trouvé leur voie, des hommes politiques les plus lamentables aux penseurs les plus inconsistants, en passant par tant de pantins dérisoires, n'a presque rien fait pour lui.
On peut observer ensuite qu'il est né à Void, dans la Meuse, précisément sur cette N 4 qui est le spécimen le plus attristant de notre "grand réseau routier" avec son étroitesse (deux voies de Sézanne à Vitry-le-François, soit sur 65 km !), son tracé sinueux (de Saint-Dizier à Toul), sa traversée de Ligny-en-Barrois, coupée de feux rouges : glorieuse exhibition, en vérité, pour les touristes allemands venant du pays des autoroutes sans péage !
Cugnot a, de son vivant, donné l'image du créateur malheureux. Il fut tout d'abord encouragé et aidé par le général de Gribeauval, l'homme qui donna à la France la première artillerie d'Europe à la veille de la Révolution. Puis cette Révolution ignora et oublia Cugnot qui, plus heureux que Lavoisier, se contenta de mourir dans la misère.
Et ce n'est pas tout ! Le sens prophétique du Meusien apparaît proprement extraordinaire. En effet son premier fardier, chargé de quatre personnes, se déplaça dans Paris, en 1769, à la vitesse de 9,5 km/h : c'est exactement la moyenne qu'atteignent, deux cents ans plus tard, un grand nombre d'autobus qui sillonnent la capitale. Peut-on imaginer une anticipation plus frappante ? Oui, car en voici d'autres.

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Le véhicule de Cugnot était une traction avant, c'est dire qu'il misait sur une technique qui, longtemps négligée, est adoptée deux cents ans après par 70 % (en attendant mieux), des voitures fabriquées en France. En Europe cette disposition progresse également : après avoir été choisie par la British Leyland, elle a été retenue par Fiat pour sa 128. D'autre part ce fardier bicylindre ne possédait aucune boite de vitesses. On peut donc le considérer comme le pionnier de l'automatisme.., Cette formule qui progresse lentement parait assurée de triompher pour une raison fort simple : ses opposants, aussi nombreux que résolus, sont précisément ceux qui ne l'ont jamais expérimentée. Sur ce point encore, Cugnot se range dans l'avant-garde,
Mais, dira-t-on, ce fardier prophétique présentait sur un point précis une faiblesse caractérisée : il ne possédait pas la moindre suspension. C'est vrai, mais deux cents ans plus tard, certains modèles, produits par des firmes, géantes et considérés comme modernes par des clients de bonne volonté séduits par leur plumage (le fardier était moins élégant mais plus pittoresque) ne disposent que de suspensions symboliques : leur fermeté et leur inconfort ne paraissent pas tellement éloignés de ceux que l'on devait trouver sur les prototypes du XVIIIe siècle, dont la version 1770 offrait d'ailleurs 4 à 5 tonnes de charge utile. L'automobile qui reste parfois fidèle aux suspensions paléolithiques affiche ainsi le culte de la préhistoire.
Que ne garde-t-elle plutôt le culte de ses plus grands hommes !


Gilles GUERITHAULT.

Note personnelle :
La maison natale natale de Cugnot a été remplacée par la poste, en son pays de Void (aujourd'hui Void-Vacon), mais on peut y découvrir une stèle à sa mémoire.
Void continue d'honorer ce grand homme, fort injustement oublié.



Joseph Cugnot

Nicolas-Joseph Cugnot, né le 25 septembre 1725 (ou le 26 février 1725) de Claude Cugnot et Marie-Victoire Bourget, cultivateurs à Void, en Lorraine, petite bourgade meusienne entre Ligny en Barois et Toul, sur l'actuelle N4.


Monument Cugnot à Void, Somme
et, pour les curieux, le thème astral de Nicolas-Joseph Cugnot

Il eut pour parrain Nicolas Cugnot et pour marraine Hélène Rouchot, femme de Jean Bourget, de la paroisse de St-Mihiel.
Il suit des études d'ingénieur militaire à l'école de Génie Royal de Mézières avant de s'engager comme ingénieur dans l’armée de l’impératrice Marie-Thérèse, la Lorraine étant alors rattachée à l’empire autrichien.

Au XVIIe siècle, la Lorraine (Lothringen - Lotharingie), ralliée aux Habsbourg, fut plusieurs fois occupée par Louis XIV, mais celui-ci dut la restituer en 1697 au duc Léopold Ier (Traité de Ryswick). Son fils, François III, devenu empereur d'Autriche sous le nom de François 1er par son mariage avec Marie-Thérèse, la céda à l'ex-roi de Pologne, et beau-père de Louis XV, Stanislas Leszczynski en échange de la Toscane (Traitéde Vienne, 1736). La Lorraine et sa capitale Nancy s'épanouirent alors politiquement et culturellement avant de revenir à la France en 1766, à la mort de Stanislas.
Devenue province française, siège d'un parlement dès 1776, la région demeura rurale jusqu'au développement d'un bassin houiller et de l'industrie sidérurgique autour de Longwy et Thionville, au cours du XIXe siècle.
En 1815, le traité de Vienne donna la Sarre à la Prusse, puis, entre 1871 et 1918, l'Allemagne annexa une grande partie des départements de la Moselle et de la Meurthe, ainsi que les départements alsaciens du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (sauf Belfort).
En 1977, Vacon est rattaché à Void pour former Void-Vacon


Résidant à Vienne, il devient officier dans l'armée autrichienne lorsque le duc François--Etienne de Lorraine devient empereur d'Autriche sous le nom de François 1er (1745).



A Vienne, avec les Lorrains d'Avrange, Brequin, Cugnot, Estienne de Vauguez, Fallois, du Hamel de Querlonde, Fourquin, Maillard, Spinette, Thomerot, il se trouve sous le commandement du général d'artillerie Gribeauval, "emprunté" à l'armée de Louis XV, et fait la connaissance de Choiseul, ambassadeur du roi de France.
Il prend connaissance des travaux de l'allemend Jakob Leupold (1674-1727), "Theatrum Machinarum" publié en 1724 (répertoire de toutes les machines à vapeur fabriquées alors). Il rejoint Bruxelles, faisant partie de la suite de Charles de Lorraine, et se consacre à des projets de fortifications de de différents engin de guerre.


Jakob Leupold, ingénieur allemand (Planitz 22.7.1674 - Leipzig 12.1.1727).
Traité Theatrum Machinarum Generale (Schau-Platz des Grundes mechanischer Wissenschafften, 1724-1739, 9 volumes) première analyse systématique de la mécanique, contenant un projet de machine à vapeur à haute pression à deux cylindres utilisé par Cugnot sur son fardier.
- à voir sur http://digital.library.cornell.edu
Cugnot aurait construit une maquette de chariot à vapeur en 1763.
Libéré des ses obligations militaires en 1763, à l'âge de 38 ans, il reçoit une pension annuelle de 600 francs comme récompense pour son invention d'un nouveau fusil de cavalerie, accueilli avec intérêt par les conseillers militaires de Louis XV et adopté par le maréchal de Saxe pour le régiment français de hulans.
Il rejoint Paris, résidant rue Saint-Bernard, et publie des ouvrages de génie militaire :


Elémens de l'art militaire, ancien et moderne, 1766, 2 volumes, in-12 ;
Fortification de campagne, 1769, 1 volume, in-12 ;
Théorie de la fortification, en 1778, 1 volume, in-12
suivie de la description d'un nouvel instrument topographique.

La Fortification de campagne de 1769 (théorique et pratique) connaît un certain succès et est même traduit en allemand en 1773.
Grâce à ses inventions et à ses traités, Cugnot commence à être connu dans les milieux militaires.
Il développe "un véhicule militaire actionné par le feu".
Cugnot soumet son projet à Gribeauval, revenu à Paris et devenu inspecteur général de l'armée française.
Gribeauval adresse un mémoire au Ministre de la Guerre, marquis de Monteynard, le 2 juillet 1771 (fardier, voiture pour le transport de lourdes charges ou fardeaux).
A cette date, un officier suisse, Monsieur de Planta, vient proposer au Duc de Choiseul, ministre de la Guerre, diverses inventions, dont, en particulier, une machine mue par le feu. Après confrontation, De Planta trouve le projet de Cugnot plus avancé et se retire, Cugnot recevant l'ordre du Duc de Choiseul d'exécuter sa machine en petit et aux frais du roi.


La machine est expérimentée;, "en petit", le 23 octobre 1769 à Paris, en présence du ministre Choiseul, du général de Gribeauval et autres personnalités.

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Le fardier (no 2) parcourt un quart de lieue (4 km) en une heure.
L'essai est réitéré en novembre 1769 avec plus de succès devant L.N. Rolland, commissaire général de l'Artillerie.

Bachaumont, chroniqueur militaire de Louis XV, note dans ses "mémoires secrets ", "quelques jours" avant le 23 octobre 1769 :

"On a fait ces jours derniers l'épreuve d'une machine singulière qui, adaptée à un chariot, devait lui faire parcourir l'espace de 2 lieues en une heure, sans chevaux ; mais l'évènement n'a pas répondu à ce qu'on promettait : elle n'a avancé que d'un quart de lieue en soixante minutes. Cette expérience s'est faite en présence de M. de Gribeauval, lieutenant général, à l'arsenal ... "
Le 1er décembre 1769, il précise : "La machine pour faire aller un chariot sans chevaux est de M. de Gribeauval ; on en a réitéré dernièrement l'expérience avec plus de succès, mais pas encore avec tout celui qu'il y a lieu de s'en promettre : il est question de la perfectionner. La machine est une machine à feu ..."

En 1770, De Gribeauval écrit :

"Cette machine a marché l'année dernière en présence de M. de Choiseul. Elle portait quatre personnes et se déplaçait à raison de 1800 à 2000 toises par heure, mais la grandeur de la chaudière n'étant point proportionnée à celle de pompes, elle fonctionnait pendant 12 à 15 minutes et il fallait la laisser reposer autant de temps pour que la vapeur de l'eau reprit sa première force ; le foyer était mal fait et laissait dissiper la chaleur ; la chaudière paraissait aussi trop faible pour soutenir dans tous les cas d'effort de la vapeur."

Dans un mémoire adressé au ministre de la guerre le 4 pluviôse an VIII de la République (24 janvier 1801), L.N. Rolland, commissaire général de l'artillerie, écrit :

"En 1769, un officier suisse, nommé Planta, proposa au ministre Choiseul plusieurs inventions, lesquelles, en cas de réussite, promettaient beaucoup d'utilité.
"Parmi ces inventions, il s'agissait d'une voiture mue par l'effet de la vapeur d'eau produite par le feu.
"Le général Gribeauval ayant été appelé pour examiner le prospectus de cette invention, et ayant reconnu qu'un nommé Cugnot, ancien ingénieur chez l'étranger et auteur de l'ouvrage intitulé Fortifications de campagne, s'occupait alors d'exécuter à Paris, une invention semblable, détermina l'officier suisse Planta à en faire lui-même l'examen.
"Cet officier l'ayant trouvé de tous points semblable à la sienne, le ministre Choiseul chargea l'ingénieur Cugnot d'exécuter aux frais de l'Etat celle par lui commencée en petit.
"Mise en expérience en présence du ministre, du général Gribeauval et en celle de beaucoup d'autres spectateurs, et chargée de quatre personnes, elle marcha horizontalement, et j'ai vérifié qu'elle aurait parcouru environ 1 800 à 3 000 toises par heure, si elle n'avait pas éprouvé d'interruption.
"Mais la capacité de la chaudière n'ayant pas été assez justement proportionnée avec assez de précision à celle des pompes, elle ne pouvait marcher de suite que pendant la durée de douze à quinze minutes seulement, et il fallait la laisser reposer à peu prés la même durée de temps, afin que la vapeur de l'eau reprit sa première force ; le four étant d'ailleurs mal fait ; laissait échapper la chaleur ; la chaudière paraissait aussi trop faible pour soutenir dans tous les cas l'effort de la vapeur.
"Cette épreuve ayant fait juger que la machine exécutée en grand pourrait réussir, l'ingénieur Cugnot eut ordre d'en faire construire une nouvelle, qui fût proportionnée de manière à ce que, chargée d'un poids de huit à dix milliers, son mouvement pût être continu pour cheminer à raison d'environ 1 800 toises par heure.
"Elle a été construite vers la fin de 1770, et payée à peu prés 20 000 livres.
"On attendait les ordres du ministre Choiseul pour en faire l'essai, et pour continuer ou abandonner toutes recherches sur cette nouvelle invention ; mais ce ministre ayant été exilé peu après, la voiture est restée là, et se trouve aujourd'hui dans un couvert de l'Arsenal."
Note : On appelait alors "pompe" les cylindres à vapeur, et une toise représentait 1,949 m, la vitesse atteinte approchant 4 km/h.

La machine est ensuite présentée au roi, Louis XV, et à la Cour le 22 avril 1770, dans le Parc du prince de Conti, à Vanves.

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La vapeur est admise dans les cylindres au moyen d'une soupape basculante et les pistons ont un mouvement alternatif pour attaquer des rochets solidaires de l'unique roue avant.
La chaudière, en cuivre rouge, n'est pas pourvue d'alimentation en eau (son ravitaillement ne peut être entrepris qu'à l'arrêt, avec de grandes difficultés), d'une monture de niveau, d'une soupape de sûreté ou d'un manomètre indicateur, et sa grandeur n'est pas proportionnée à celle des cylindres. Elle ne fonctionne que 12 à 15 minutes et nécessite un quart d'heure pour que la vapeur retrouve sa première force, tandis que la conception du foyer est le siège de pertes de chaleur considérables.
" La chaudière paraît trop faible pour soutenir, dans tous les cas, l'effort de la vapeur " écrit de Gribeauval.
Le fardier pivote autour de la roue directrice et motrice avant, commandée par un guidon et un pignon inférieur engrené sur une crémaillère courbe.
Etant conçu comme un tracteur d'artillerie, le fardier ne comporte aucune superstructure arrière sur son châssis en bois. La totalité du poids portant sur cette unique roue avant, lors de la manoeuvre, le corps de commande s'accroche et le fardier heurte un mur qui s'effondre, le rendant irrécupérable (c'est le premier accident de la route de l'histoire de l'automobile, sujet à caution, voir la revue du Musée des Arts et Métiers).


Cugnot est récompensé par l'octroi d'une prime de 22.000 livres et met en chantier le fardier n°3. Il doit pouvoir porter une charge utile de 8 à 10 milliers (environ 4 tonnes) à la vitesse constante de 1800 toises à l'heure.
La nouvelle machine, à deux cylindres et dont la chaudière possède son propre foyer, est construite à l'Arsenal Militaire de Paris (directeur M Mazurier), avec la participation du célèbre Brezin, fondeur de l’arsenal de Paris.

De Gribeauval commande les pompes (cylindres et pistons) et les bielles à M. de Chateaufer, directeur de l'Artillerie à Strasbourg.
Celui-ci précise, dans une lettre du 23 avril 1770 à M. de Chateaufer, directeur de l'Artillerie à Strasbourg :

" ... Il est nécessaire, Monsieur, qu'aussitôt que ma lettre vous sera parvenue, vous fassiez exécuter à la fonderie de Strasbourg deux pompes de 14 pouces de longueur intérieure (378 mm) et de 12 pouces de diamètre aussi intérieur (325 mm) et de 4 lignes d'épaisseur (9 mm), le tout conformément au dessin que vous trouverez ci-joint. Lorsque ces pompes et ces pistons seront prêts, vous les remettrez au commissaire du sieur Betrix pour les faire passer sans perte de temps au sieur Mazuriez, garde-magasin d'artillerie à l'Arsenal de Paris ..."

La vapeur est admise dans les cylindres au moyen d'une soupape basculante, mais le ravitaillement de la chaudière ne peut se faire qu'à l'arrêt.
La machine est essayée à mi novembre 1770 à l'Arsenal de Paris, traînant une masse de 5 milliers (2.5 tonnes) servant de socle à un canon de 48 du même poids et parcourt 5 quarts de lieues en une heure. Le fardier a effectué le trajet de l'Arsenal à Vincennes.

Bachaumont écit, dans ses "Mémoires secrets", au 30 novembre 1770 :

"On a parlé, il y a quelque temps d'une machine à feu pour le transport des voitures, et surtout de l'artillerie, dont M. Gribeauval, officier en cette partie, avait fait faire des expériences qu'on a perfectionnées depuis, au point que mardi dernier la même machine a traîné dans l'Arsenal une masse de cinq milliers servant de socle à un canon de 48, du même poids à peu près, et a parcouru en une heure cinq quarts de lieue.
"La même machine doit monter sur les hauteurs les plus escarpées et surmonter tous les obstacles de l'inégalité des terrains ou de leur abaissement."

On peut lire, dans la notice nécrologique de Cugnot parue dans "Le Moniteur", en octobre 1804 :
"Elle fut exécutée à l'arsenal et mise à l'épreuve. La trop grande violence de ses mouvements ne permettait pas de la diriger et, dès la première épreuve, un pan de mur qui se trouvait dans sa direction en fut renversé. C'est ce qui empêcha d'en faire usage ..."

A. de Bast, dans "Les merveilles du Génie de l'homme", paru en 1851, raconte que cet essai malheureux aurait eu lieu dans le parc du Prince de Conti à Vanves, ce qui n'a jamais été confirmé par d'autres chroniques de l'époque.

Après son "accident" la grande voiture de Cugnot fut réparée une nouvelle série d'essais est prévue en juillet 1771.
Gribeauval écrit au ministre Choiseul, le 2 juillet 1771, pour demander que des essais complémentaires fussent effectués, dans le parc de Meudon ou entre Paris et Vincennes, selon les sources.
Choiseul n'étant plus ministre (du fait de la Du Barry), et son successeur, le marquis de Montaynard étant partisan des anciennes méthodes, le fardier est remisé dans les ateliers de l'Arsenal d'où il ne ressort qu'en 1800 pour entrer au Conservatoire National des Arts et Métiers.

Le général Marquis de Saint-Auban, maréchal de camp d'artillerie, adresse une lettre à "Messieurs de la Société royale des Sciences et Arts de Metz" le 12 mars 1779, lettre imprimée dans le "Journal militaire et politique" n° 3 du 1er mai 1779 :

"... La manie des nouveautés, Messieurs, a été portée à un point qui est à peine croyable ; on a prétendu substituer aux voitures et aux chevaux qui traînent l'artillerie, des machines à feu, mises en mouvement par des pompes à pistons. On aurait peine à imaginer que l'illusion eût été poussée jusqu'à demander et obtenir des ordres pour les épreuves d'une pareille machine, et que les essais en eussent été faits plusieurs fois dans la vue et l'espérance d'en faire un emploi utile pour le transport et l'artillerie si tous les écrits périodiques et publics d'alors ne certifiaient ce fait et si la machine n'était existante dans l'un des ateliers de l'Arsenal de Paris où l'on peut la voir. On la trouvera aussi ingénieuse qu'inutile ; c'est une espèce de grand haquet, à très gros brancards et fortes roues ; la machine sans charge extérieure, mais avec ses fourneaux, sa chaudière, ses pompes et ses pistons pèse environ cinq milliers (2,5 tonnes environ).
L'inventeur est un nommé Cugnot ; cette machine fit le trajet de Paris à Vincennes, mais à plusieurs reprises, parce que la chaudière est trop petite, elle traîna 6 500 l.p. dont on la chargera, et était à simple pression atmosphérique ...
".

Le général Morin, dans son étude de 1851, prétend que la machine à vapeur de Cugnot n'a pas pu fonctionner car "il était impossible de faire du feu dans cette chaudière vu l'impossibilité d'établir une grille dans la base du foyer, restreinte à 0,22 m de hauteur".
Cugnot se retire en Belgique pendant la Révolution et L.N. Rolland sauve par deux fois le fardier de la destruction (en 1793 par un Comité Révolutionnaire, en 1797 par le Ministre Dubois Grance).

Bonaparte, officier d'artillerie, marque de l'intérêt pour le fardier, remettant une note à l'Académie des Sciences, en sa séance du 16 pluviôse An VI (30 janvier 1798) :

"Un secrétaire lit une note remise par le Citoyen Bonaparte, qui la tient du Citoyen Rolland, relative à une voiture mue par la vapeur de l'eau. Les Citoyens Coulomb, Périer, Bonaparte et Prony sont chargés de faire un Rapport sur cette machine, et d'engager le Citoyen Cugnot, qui en est l'auteur, à assister à l'expérience qu'on en fera, et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l'action de la vapeur au transport des fardeaux."

La Commission des poids et mesures demande qu'on lui adjoigne le Citoyen Lefèvre-Gineau. Cette demande est accordée mais aucun rapport ne fut fait à l'occasion de cette grande découverte.

Le 13 thermidor an VIII (1er août 1800), le Ministre de l'intérieur adressait au président de l'institut national la lettre qui suit :

"Il vient, citoyen, de m'être adressé, par le liquidateur général de la dette publique, une lettre dans laquelle il m'informe que le Citoyen Nicolas Joseph Cugnot demande le rétablissement d'une pension de 600 fr. qu'il avait obtenu en considération des inventions utiles qu'il a faites pour le service de l'artillerie. Il ajoute que cet artiste paraît avoir fait plusieurs découvertes en mécanique et composé des ouvrages dont l'art militaire doit avoir recueilli les plus grands avantages ; qu'il a imaginé des fusils que le Maréchal de Saxe s'empressa d'adopter pour ses houlans ; une planchette et une alidade que tous les ingénieurs ont admises ; enfin qu'il est l'auteur des Eléments d'artillerie ancienne et moderne et d'un Traité sur les fortifications.
Le liquidateur général, avant de faire statuer sur la demande du Citoyen Cugnot, désire connaître l'avis de l'Institut national sur le mérite des ouvrages de cet artiste.
Je vous invite, citoyen, à soumettre ces ouvrages à l'examen et à me faire passer les rapports qui auront été approuvés.
Je vous salue. L. BONAPARTE.
"

La première classe de l'institut s'empressa de satisfaire au désir exprimé par Lucien Bonaparte, et le 21 thermidor an VIII (9 août 1800), Lalande, au nom d'une commission dont il faisait partie avec Messier et Prony, donnait lecture du rapport suivant, qui, par suite d'un oubli regrettable, ne figure pas au procès-verbal de la séance, mais se trouve cependant aux archives de ]'Académie des sciences.

"Le Ministre de l'Intérieur, par sa lettre du 13 thermidor, demande, d'après le désir du Liquidateur général de la dette publique, l'avis de l'institut sur le mérite des ouvrages du citoyen Cugnot. En conséquence, nous avons examiné ses ouvrages, ses éléments de l'art militaire ancien et moderne, 1766,2 vol. ; sa fortification de campagne théorique et pratique, 1769 ; sa théorie de la fortification avec des observations sur les différents systèmes qui ont paru depuis l'invention de l'artillerie et une nouvelle manière de construire des places. On y voit le talent et les idées d'un très habile ingénieur.
Dans le même volume on trouve la description de sa nouvelle planchette, avec la manière de s'en servir, et des planches. Sa machine à feu pour le service de l'artillerie et qui fut éprouvée avec succès à l'Arsenal ; son fusil de nouvelle construction qui avait été adopté par le maréchal de Saxe étaient connus du général de Gribeauval sous lequel il avait servi en Allemagne, et qui lui fit donner une pension de 6OO fr. par Brevet du 6 novembre 1779, en considération des découvertes utiles qu'il a faites pour le service de l'artillerie, ce sont les termes du brevet.
Le général Bonaparte communiqua, le 1l pluviôse de l'an VI à l'Institut un mémoire relatif à la machine à feu ; on nomma pour Commissaires les citoyens Bonaparte, Périer, Coulomb et Prony et quoique le voyage d'Egypte ait empêché le rapport d'être fait par écrit, nous avons eu connaissance du mérite de cette Voiture à feu.
Depuis 1763 que le citoyen Cugnot quitta le service, il n'a cessé d'instruire dans l'art de la guerre de jeunes militaires qui ont rendu témoignage de son talent.
Le maréchal d'Estrées fut très satisfait de sa fortification de campagne, comme l'un de nous l'a su du marquis de Courtanvaux, son neveu.
Parvenu à l'âge de 75 ans, Cugnot ne peut plus faire usage de ses talents et il manque du nécessaire. En conséquence nous croyons que l'Institut doit opiner pour la conservation de la petite pension sur laquelle il est consulté par le Ministre.
Fait à l'Institut, le 21 thermidor an VIII.
Signé:Lalande, Messier, Prony.
"

La Campagne d'Egypte organisée en 1798 pour couper la route des Indes aux anglais (Napoléon rentrant en France en 1799) et l'âge avancé de Cugnot (75 ans) font capoter le projet, Bonaparte accordant une pension de 1000 francs à Cugnot.

Le fardier est confié au nouveau Conservatoire des Arts et Métiers en février 1800, suite à la demande, en 1799, de Mollard, l'un de ses fondateurs et peut ètre vue du public dès 1801.

Le modèle de la voiture à vapeur de Cugnot (n° 3) a été recueilli au Conservatoire des arts et métiers, et M. le général Morin a donné à son sujet, dans les Comptes rendus des séances de l'Académie (t. XXXII, p. 524, 14 avril 4854), une notice accompagnée de pièces officielles établissant les droits de Cugnot à la priorité de l'application de la vapeur à la locomotion.
Malgré la publication de ces derniers documents, malgré l'importance capitale de la découverte dont il s'agit, le nom l'habile ingénieur était resté oublié, le pays devait à Cugnot une juste réparation.
Elle paraît lui être assurée.
Un monument doit lui être élevé dans le département de la Meuse, à Void, son pays natal. On ne pourrait qu'applaudir à cette généreuse initiative prise par quelques amis des sciences, sympathiques à la mémoire du savant ingénieur.

Académie des Sciences, 1888

Dans la "Revue de l'Artillerie", le commandant Ferrus, promoteur et novateur de la motorisation de l'armée française, remarque, dans son étude sur le fardier de Cugnot, qu'on ne saurait porter de jugements définitifs sur l'avenir des nouveaux engins car l'exemple du maréchal de Saint-Auban est instructif pour quiconque serait tenté de condamner a priori les inventions des novateurs.

Dans l'un des premiers numéros de la revue "Le Poids Lourds", en 1906, l'historien de l'automobile Pierre Souvestre écrit :

"Grâce à la patine du temps et l'irréductible loi d'équité finale, l'opinion publique, guidée par les hommes de science, rendit à la longue justice à Cugnot dont l'oeuvre constitue un prologue à l'ère de la traction mécanique sur la route dont le développement est inéluctable".

Cugnot professe à l'Arsenal des cours d'art militaire qui, avec sa pension l'aident à vivre, modestement, et il s'éteint le 2 octobre 1804 à Paris;; à 79 ans.
Le "Moniteur" du 6 octobre 1804 fait état, dans la nécrologie de Cugnot, du fardier " construit à l'Arsenal et soumis aux épreuves. La violence de sa marche empêcha qu'il fut convenablement dirigé et, dès le premier essai, un mur qui se trouvait sur son chemin fut renversé. Ce résultat empêcha sa mise en service ultérieure. "

Joseph Cugnot
Textes, articles de presse

La Locomotive et les Chemins de Fer

Chapitre premier - Voiture à vapeur de l'ingénieur français Cugnot.
C’est cette nouvelle période des progrès de la machine à vapeur qu’il nous reste à aborder, et ce n’est ni la moins curieuse, ni la moins intéressante de son histoire.
Bien que les machines à vapeur locomotives soient beaucoup plus simples dans leur combinaison, que les machines fixes qui fonctionnent dans les usines ou sur les navires, leur invention est de beaucoup postérieure en date à ces dernières. Les bateaux à vapeur sillonnaient les fleuves dans les deux hémisphères, vingt ans avant que la circulation des voyageurs fût établie sur les chemins de fer.
Cette circonstance s’explique sans peine, si l’on considère les conditions spéciales auxquelles la machine à vapeur devait satisfaire pour servir à traîner sur la terre, les hommes et les fardeaux. Les seules machines à vapeur connues et employées dans l’industrie, jusqu’au commencement de notre siècle, furent des machines à condensation. Or, on ne pouvait songer à les appliquer aux transports sur les routes ; car l’énorme quantité d’eau employée au seul usage de la condensation de la vapeur, aurait surchargé la voiture au point de l’empêcher de se traîner elle-même. Il fallait, pour résoudre ce problème, posséder un appareil moteur présentant tout à la fois un poids très faible, un volume médiocre et une puissance considérable. Les machines à haute pression pouvaient donc seules donner moyen d’appliquer la puissance de la vapeur à la locomotion terrestre.
Cependant cette vérité ne s’est pas toujours montrée tellement évidente, que quelques mécaniciens n’aient essayé de faire usage de la machine à vapeur à condenseur pour la locomotion terrestre. Mais ces tentatives méritent à peine un souvenir.
C’est ainsi qu’en 1759, le docteur Robinson, alors élève à l’université de Glasgow, s’était proposé d’appliquer la vapeur à faite tourner les roues des voitures ; et que James Watt, en 1784, donna, dans un de ses brevets, la description d’une machine à condensation applicable au même objet. Mais ces deux savants avaient l’un et l’autre une connaissance trop approfondie de ces questions pour ajouter aucune importance à une idée de ce genre. Ils ne tardèrent pas à abandonner leur projet.
Le premier mécanicien qui ait eu l’idée d’employer la vapeur à haute pression pour la locomotion terrestre, et qui, par cela même, mérite le titre d’inventeur des locomotives, est un Français, nommé Cugnot.
Joseph Cugnot, né à Void, en Lorraine, le 25 septembre 1725, avait vécu pendant toute sa jeunesse en Allemagne, où il servait en qualité d’ingénieur. Il passa ensuite dans les Pays-Bas, pour entrer au service du prince Charles. Un ouvrage sur les Fortifications de campagne, et un nouveau modèle de fusil, qui fut accueilli par le maréchal de Saxe, et adopté pour l’armement des hulans, lui valurent une certaine notoriété dans son art.
Encouragé par ces premiers succès, il s’occupa, à Bruxelles, de construire des chariots à vapeur, qu’il désignait sous le nom de fardiers à vapeur, et qu’il destinait au transport des canons et du matériel de l’artillerie. Il est à croire que si le chariot à vapeur ou le train d’artillerie à vapeur, eût donné de bons résultats, l’inventeur n’eût pas tardé à appliquer le même mécanisme à la traction des voitures et véhicules de tout genre.
Quoi qu’il en soit, Cugnot se rendit à Paris en 1763, pour y continuer ses recherches. Au bout de plusieurs années de travaux, il réussit à construire un modèle de voiture à vapeur qui fut soumis en 1769, à l’examen de Gribeauval. Un ancien rapport, retrouvé par M. le général Morin aux Archives de l'Artillerie, établit d’une manière authentique, l’origine de la voiture de Cugnot. Voici un extrait de ce rapport :
" En 1769, un officier suisse, nommé Planta, proposa au ministre Choiseul plusieurs inventions, lesquelles, en cas de réussite, promettaient beaucoup d’utilité.
Parmi ces inventions, il s’agissait d’une voiture mue par l’effet de la vapeur d'eau produite par le feu.
Le général Gribeauval ayant été appelé pour examiner le prospectus de cette invention, et ayant reconnu qu’un nommé Cugnot, ancien ingénieur chez l’étranger et auteur de l’ouvrage intitulé Fortifications de campagne, s’occupait alors d’exécuter à Paris, une invention semblable, détermina l’officier suisse Planta à en faire Lui-même l’examen.
Cet officier l’ayant trouvé de tous points semblable à la sienne, le ministre Choiseul chargea l’ingénieur Cugnot d’exécuter aux frais de l’État celle par lui commencée en petit.
Mise en expérience en présence du ministre, du général Gribeauval et en celle de beaucoup d’autres spectateurs, et chargée de quatre personnes, elle marcha horizontalement, et j’ai vérifié qu’elle aurait parcouru environ 1 800 à 3 000 toises par heure, si elle n’avait pas éprouvé d’interruption.
Mais la capacité de la chaudière n’ayant pas été assez justement proportionnée avec assez de précision à celle des pompes, elle ne pouvait marcher de suite que pendant la durée de douze à quinze minutes seulement, et il fallait la laisser reposer à peu près la même durée de temps, afin que la vapeur de l’eau reprît sa première force ; le four étant d’ailleurs mal fait, laissait échapper la chaleur ; la chaudière paraissait aussi trop faible pour soutenir dans tous les cas l’effort de la vapeur.
Cette épreuve ayant fait juger que la machine exécutée en grand pourrait réussir, l’ingénieur Cugnot eut ordre d’en faire construire une nouvelle, qui fût proportionnée de manière à ce que, chargée d’un poids de huit à dix milliers, son mouvement pût être continu pour cheminer à raison d’environ 1 800 toises par heure.
Elle a été construite vers la fin de 1770, et payée À peu près 20 000 livres.
On attendait les ordres du ministre Choiseul pour on faire l’essai, et pour continuer ou abandonner toutes recherches sur cette nouvelle invention ; mais ce ministre ayant été exilé peu après, la voiture est restée là, et se trouve aujourd’hui dans un couvert de l’Arsenal.
"
(Rapport adressé au ministre de la guerre, le 24 janvier 1801, par L. N. Rolland, commissaire général de l’artillerie)
Ce rapport semble établir que les essais définitifs de la voiture de Cugnot ne furent point exécutés. Cependant Bachaumont nous apprend le contraire.
"On a parlé, il y a quelque temps, nous dit l'auteur des Mémoires secrets, à la date du 30 novembre 1720, d’une machine à feu pour le transport des voitures, et surtout de l’artillerie, dont M. Gribeauval, officier en cette partie, avait fait faire des expériences qu’on a perfectionnées depuis, au point que mardi dernier la même machine a traîné dans l’Arsenal une masse de cinq milliers servant de socle à un canon de 48, du même poids à peu près, et a parcouru en une heure cinq quarts de lieue.
La même machine doit monter sur les hauteurs les plus escarpées et surmonter tous les obstacles de l’inégalité des terrains ou de leur abaissement.
"
Mais cet espoir fut déçu, car la tradition rapporte que, dans des essais postérieurs, la violence des mouvements de cette machine ayant empêché de la diriger, elle alla donner contre un pan de mur de l’Arsenal, qui fut renversé du choc.
Cugnot obtint du gouvernement français, sur la proposition du général Gribeauval, une pension de six cents livres. Il en jouit jusqu’au moment de la révolution, qui vint le priver de cette faible ressource. Le malheureux officier serait alors mort de misère, si une dame charitable de Bruxelles ne lui eût fourni quelques secours.
En 1793, un comité local de Salut public voulut démolir, pour en fabriquer des armes, la machine de Cugnot, qui se trouvait toujours à l’Arsenal. Mais des officiers d’artillerie s’opposèrent à ce projet.
Le général Bonaparte, à son retour d'Italie, eut connaissance de l’existence de la machine de Cugnot, et il exprima à l’Institut l’opinion qu’il serait possible d’en tirer parti.
Bonaparte fut nommé membre d’une Commission qui devait examiner l’appareil ; mais son départ pour l'Egypte empêcha de nouveaux essais.
En 1799, Molard, directeur du Conservatoire des Arts-et-Métiers, réclama le chariot à vapeur de Cugnot pour cet établissement. Mais ce ne fut que deux ans après que l’on donna suite à cette demande, par suite de l’opposition qu’elle rencontra auprès du ministre Roland et de quelques officiers. La machine de Cugnot fut donc transportée en 1801, au Conservatoire des Arts-et-Métiers.
Cugnot avait alors soixante-quinze ans. A la suite d’un rapport favorable sur ses travaux, fait par une commission académique, Bonaparte lui rendit sa pension, qui fut portée à mille livres. Il mourut en 1804, âgé de soixante-dix-neuf ans, au moment où les premières locomotives commençaient à marcher sur les voies ferrées de Newcastle.
La voiture à vapeur de Cugnot existe encore au Conservatoire des Arts-et-Métiers de Paris où les curieux l’examinent toujours avec un vif intérêt.


Fig. 123. - La première voiture à vapeur essayée par l’inventeur Cugnot, à l’intérieur de l’Arsenal de Paris, eu 1770.

La voiture de Cugnot était mise en mouvement par une machine à vapeur à simple effet. Cette machine se composait de deux cylindres de bronze, disposés verticalement, et dans lesquels la vapeur, introduite au moyen d’un tube, se trouvait mise en communication, tantôt avec la chaudière pour recevoir la vapeur, tantôt avec l’atmosphère, pour chasser dehors cette vapeur quand elle avait produit son effet. La chaudière, disposée à l’avant de la voiture, présentait la forme d’un sphéroïde aplati ; le foyer, à peu près concentrique à la chaudière, était disposé au-dessous. Le métal était enveloppé d’une couche de terre réfractaire pour l’isoler du foyer.
Tout ce système reposait sur trois roues : c’était un tricycle. Une roue unique formait l’avant-train ; deux très fortes roues, montées sur un essieu ordinaire, composaient l'arrière-train. C’est à la roue de devant que s’appliquait la puissance motrice. La vapeur à haute pression, poussant le piston dans chacun des deux cylindres à simple effet, communiquait leur mouvement alternatif, à l’aide de rochets et de cliquets, à l’essieu de la première roue, ou roue motrice. Pour trouver plus d’adhérence sur le sol, cette même roue était cerclée d’un bandage de fer, rayé de stries profondes.
L’avant-train de la voiture pouvait tourner comme celui d’une voiture ordinaire ; il pouvait faire jusqu’à des angles de 90° avec l’arrière-train. Le fardier de Cugnot tournait donc sur le terrain aussi facilement que s’il eût été attelé à des chevaux.
Disons toutefois que Cugnot ne s’était pas inquiété des moyens de remplacer l’eau, à mesure qu’elle disparaissait en vapeur ; si bien, qu’au bout d’un quart d’heure tout mouvement se trouvait arrêté. Il fallait remplir de nouveau la chaudière, et la marche de la voiture n’était rétablie que lorsque la vapeur avait acquis une tension suffisante.
Cette circonstance suffisait à elle seule, pour empêcher toute application sérieuse de cet appareil, quelque remarquable que fût, d’ailleurs, sa conception.
Un essai avorté compromet toujours l’avenir d’une idée scientifique. Le mauvais effet que produisit l’échec de Cugnot retarda notablement la découverte de la locomotion par la vapeur, en détournant les mécaniciens de cette étude. Trente années s‘écoulèrent, pendant lesquelles ce genre de recherches fut totalement abandonné. L’emploi général des machines à vapeur à haute pression put seul ramener l’attention sur ce problème, en raison des facilités évidentes que ce genre de machines apportait à la solution du problème des voitures à vapeur.

Les merveilles de la science, par Louis Figuier, 1870

De l'usage de la Planchette.

La planchette est une tablette carrée, plus ou moins grande, mobile en tout sens, sur un genou que soutient un pied à trois branches. On fixe sur cette tablette un papier blanc, qui doit contenir d'avance, selon leur position respective, les différents points du canevas déterminés par les triangulations primaire et secondaire : c'est ensuite sur ce papier que l'on trace géométriquement lesdifférentes portions du terrain à lever. L'instrument doit être assez léger pour être transporté aisément d'un lieu à un autre.
La tablette porte, à deux de ses côtés opposés, deux rouleaux dont l'axe, soutenir par deux crapaudines, porte un pignon denté dit rochet à l'un de ses bouts.
Ces rouleaux servent à enrouler à fur et à mesure le papier sur lequel les opérations doivent se faire, et à le tenir toujours bien tendu. Ces accessoires ont été heureusement imaginés. Il en est de même des améliorations qui ont été faites au genou et au pied de l'instrument, et qui sont dues à M. Cugnot (1) ; ce qui l'a fait appeler planchette à la Cugnot. On la préfère, avec raison, à tout ce qui a été fait autrefois en ce genre.
Comme la planchette n'est autre chose qu'une petite table à dessiner, dont il faut que la surface se conserve parfaitement plane, il est essentiel de la construire avec du bois qui ne se déjette point au soleil. La meilleure manière de l'empêcher de se voiler, est de la composer d'un certain nombre de petites planches de sapin ou de tilleul bien sèches, qui s'assemblent et se contiennent les unes avec les autres au moyen de rainures et de languettes, et d'en renfermer l'assemblage dans un cadre à onglets de bois de chêne.
On couvre ordinairement la planchette d'un papier vert, qui s'étend sur toutes les parties où l'on ne travaille point, afin que les yeux soient garantis de la trop vive réflexion de lumière que produirait la blancheur du papier en se trouvant exposé aux rayons du soleil. II serait bon aussi que le papier sur lequel on doit travailler fût collé sur une toile fine et légère, ou mieux encore sur du taffetas, avant d'être placé sur la tablette : c'est le moyen de conserver longtemps les minutes.
(1) Pour plus ample description, voyez Théorie de la fortification, par M. Cugnot, 1 vol. in-12, Paris, 1778.

Mémorial topographique et militaire, rédigé au dépôt général de la guerre : imprimé par ordre du ministre. T. 1, imp. de la république (Paris), 1802-1805

Nouvelles leçons de choses sur l'industrie, l'agriculture, le commerce et les principales inventions industrielles - 232ème leçon : La locomotive.

1. Au siècle dernier, quand la machine à vapeur se trouva suffisamment perfectionnée pour que l'industrie pût en tirer parti, l'idée vint naturellement de l'utiliser pour faire marcher les voitures sur les routes ordinaires, car les chemins de fer n'existaient pas encore. Cinq hommes, à peu d'années d'intervalle, conçurent la possibilité de cette application, le docteur anglais Darwin, le physicien écossais Robison, James Watt, déjà au comble de la célébrité, un officier suisse du nom de Planta, et l'ingénieur français Joseph Cugnot. Ce dernier fut le seul qui persista dans ses idées et essaya de résoudre pratiquement le problème.
2. Cugnot était un ingénieur militaire. Il se proposait surtout de construire un chariot pour faciliter le transport de l'artillerie. Ce fut à Bruxelles, où il se trouvait momentanément, qu'en 1760 ou 1761, il entreprit de donner, pour la première fois, un corps à ses idées. Il construisit, en effet, dans cette ville, une petite voiture à vapeur qui dut fort mal marcher, car on n'a jamais su ce qu'elle put devenir. Quelques années après, de retour à Paris, il en fit deux autres, sur Tordre du gouvernement, l'une en 1769, l'autre en 1770. Cette dernière, la moins défectueuse, fut expérimentée publiquement, mais on la jugea incapable de pouvoir être utilement employée. C'est celle que représente notre dessin (fig. 165). Elle fait partie, sous le nom de fardier à vapeur, du musée du Conservatoire des Arts-et-Métiers, à Paris.

Fig, 168. - Premier essai de voiture à sapeur.

3. Des tentatives analogues eurent lieu peu de temps après, en Angleterre et aux Etats-Unis, mais sans plus de succès. Les choses prirent une tournure plus favorable au commencement de notre siècle. A cette époque, les houillères anglaises étaient déjà couvertes de petits chemins à ornières, comme on appelait alors les chemins de fer, et les transports y avaient acquis une telle importance que les chevaux ne pouvaient plus suffire à la traction. Déjà même, s'agitait la question do savoir s'il n'y aurait pas quelque avantage à faire tirer les chariots par des cordes ou des chaînes mises en mouvement à l'aide de machines à vapeur fixes, placées de distance en distance tout le long du parcours.

Nouvelles leçons de choses sur l'industrie, l'agriculture, le commerce et les principales inventions industrielles, livre de lecture courante à l'usage de toutes les écoles... par P. Maigne, Vve E. Belin et fils (Paris), 1883

Rôle du général Bonaparte à l'Institut

Bonaparte avait une activité dévorante et partout où il passait il voulait laisser trace de son action. C'est ainsi qu'on le voit dès le lendemain même de sa nomination, avant môme d'avoir envoyé sa lettre de remerciement, prendre place au milieu de ses confrères, et se faire charger conjointement avec Monge et Prony de l'examen d'un cachet typographique inventé par un nommé Hanin, et à l'aide duquel, plus tard, s'imprimèrent les Bulletins de la Grande Armée
Le 11 nivôse suivant, la classe ayant reçu un mémoire et un instrument relatifs à la tactique militaire, Borda, Coulomb, Laplace et Bonaparte furent chargés d'en rendre compte.
Deux mois après environ, le 11 pluviôse an VI (30 janvier 1798), la première classe de l'Institut reçut un mémoire important et qu'on trouve consigné au procès-verbal, comme il suit :
"Le secrétaire lit une note remise par le citoyen Bonaparte qui la lient du citoyen Rolland, relative à une voiture mue par la vapeur. Les citoyens Coulomb, Perrier, Bonaparte et Prony, sont chargés de faire un rapport sur cette machine et d'engager le citoyen Cugnot, qui en est l'auteur à assister à l'expérience qu'on en fera et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l'action de la vapeur au transport des fardeaux."
Les archives ne possèdent pas l'original de cette note. D'ailleurs, elle ne fut suivie d'aucun rapport.
Ce n'est que deux années plus tard que le nom de Cugnot, le créateur de la première voiture à vapeur, appela de nouveau l'attention de l'Institut.
Ce fut encore Bonaparte qui fut l'instigateur de ce mouvement en faveur du pauvre inventeur, alors ignoré et aujourd'hui célèbre. Le 13 thermidor an VIII (1er août 1800), Lucien Bonaparte, alors ministre de l'intérieur, adressa au Président de l'Institut National la lettre qui suit et qui fut certainement inspirée, peut-être même dictée par le premier consul.
Il vient, citoyen, de m'être adressé, par le liquidateur général de la dette publique, une lettre dans laquelle il m'informe que le citoyen Nicolas-Joseph Cugnot demande de rétablissement d'une pension de 600 fr, qu'il avait obtenue en considération des inventions utiles qu'il a faites pour le service de l'artillerie. Il ajoute que cet artiste parait avoir fait plusieurs découvertes en mécanique et composé des ouvrages dont l'art militaire doit avoir recueilli les plus grands avantages ; qu'il a imaginé des fusils que le maréchal de Saxe s'empressa d'adopter pour ses houlans ; une planchette et une alidade que tous les ingénieurs ont admises ; enfin qu'il est l'auteur des éléments d'artillerie ancienne et moderne et d'un Traité sur les fortifications.
Le liquidateur général avant de faire statuer sur la demande du citoyen Cugnot, désire connaître l'avis de l'Institut national sous le mérite des ouvrages de cet artiste.
Je vous invite, citoyen, à soumettre ces ouvrages à l'examen et à me faire passer les rapports qui auront été approuvés.
Je vous salue.


...

Cugnot (Nicolas-Joseph).
Ingénieur militaire et mécanicien de génie, né à Void (Lorraine) en 1725, mort en 1804. Il inventa d'abord un fusil que le maréchal de Saxe adopta dans le corps de ses uhlans, et se consacra à la construction d'une voiture à vapeur qui est l'ancêtre de nos locomotives routières actuelles. Le modèle en est déposé au Conservatoire des arts et métiers à Paris. Cugnot ne put y donner tous les perfectionnements qu'il voulait y apporter, faute d'argent, parce que nul ne croyait à la possibilité de cette invention et ne voyait son utilité. Un seul homme y eut foi, c'est Bonaparte. Le 30 janvier 1798, il fit parvenir une note à l'Institut relative à une voiture mue par la vapeur, en demandant "qu'un Rapport fût fait sur cette machine et d'engager le citoyen Cugnot qui en est l'auteur à assister à l'expérience qu'on fera et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l'action de la vapeur au transport des fardeaux."
Aucune suite ne fut donnée à cette demande, et lorsque deux ans après, le 1er août 1800, Bonaparte apprit que Cugnot était dans une profonde misère, il lui fit servir immédiatement une pension de mille francs. Cugnot, qui était déjà âgé, découragé, mourut peu de temps après et son nom est resté dans l'oubli à tort. La France doit une réparation à sa mémoire.

Histoire des sciences sous Napoléon Bonaparte, par Georges Barral (5 mai 1889), A. Savine (Paris), 1889

Une voiture à vapeur

Le premier inventeur qui ait eu l'idée de recourir à la vapeur pour confectionner une voiture mécanique marchant sur route est un Français, Joseph Cugnot. Tous les traités de mécanique ont parlé des fardiers à vapeur que Cugnot, il y a plus d'un siècle, proposait de construire, pour le transport des canons et du matériel de l'artillerie. L'inventeur, qui avait exécuté quelques expériences à Bruxelles, se rendit à Paris en 1765, et après plusieurs années de recherches, il arriva à construire un modèle de voiture à vapeur qui fut soumis à l'examen du général de Gribeauval, en 1769. Un an après, il avait construit un modèle définitif dont le fonctionnement laissait encore à désirer. L'appareil fut relégué au Conservatoire des arts et métiers, où les visiteurs peuvent le voir encore aujourd'hui. La machine de Cugnot était un véritable tricycle, actionné par une machine à vapeur a simple effet.
Cette machine se composait de deux cylindres de bronze, verticaux, dans lesquels la vapeur introduite an moyen d'un tube, se trouvait alternativement en communication, avec la chaudière pour recevoir la vapeur, et avec l'atmosphère pour se débarrasser de cette vapeur quand elle avait produit son effet.
La mauvaise impression que produisit sur le public l'échec de Cugnot, retarda considérablement la découverte de la locomotion à vapeur...

Gaston Tissandier, La Nature, 1893

Histoire des voitures automobiles

Il y a deux ans environ, nous avons donné la description d'une voiture à vapeur construite en 1833 par François Macerone et Squïre. Nous rappelions alors que la première voiture à vapeur était due à Joseph Cugnot, né en Lorraine le 25 septembre 1725. Il avait passé sa jeunesse on Allemagne, où il avait étudié la mécanique avec beaucoup d'ardeur, et il trouva bientôt à être employé comme ingénieur : il vécut ensuite dans les Pays-Bas et se fit remarquer par le maréchal de Saxo en créant un nouveau modèle de fusil, bientôt adopté pour l'armement des uhlans. Encouragé par ce premier succès il se rendit à Bruxelles, et il résolut de construire des chariots vapeur qu'il appelait fardiers à vapeur et qu'il destinait au transport des canons et du matériel de l'artillerie. Cugnot vint à Paris en 1765, dans la résolution de poursuivre ses travaux ; il réussit à construire un modèle de voiture à vapeur qu'il termina en 1770.
Un ancien mémoire des Archives de l'artillerie nous apprend que l'appareil de Cugnot fut examiné par le général de Gribeauval, et que le ministre Choiseul se proposait de demander à l'inventeur de faire fonctionner son appareil devant lui mais ce ministre ayant été bientôt exilé, "la voiture", dit le Rapporteur L.-N. Rolland, commissaire général de l'artillerie, est restée là et se trouve aujourd'hui (en 1801) dans un couvert de l'Arsenal'.
La tradition rapporte que Cugnot essaya sa machine et la fit fonctionner, mais dans une expérience malheureuse, le véhicule dévia de sa route et se heurta violemment contre un mur de clôture, qu'il renversa ; les essais furent interrompus.


En 1795, le Comité de salut public voulut démonter cette machine pour en faire des armes ; elle fut épargnée par des officiers d'artillerie et, en 1790, elle se trouva complètement sauvée par Molard, conservateur du Conservatoire des arts et métiers, qui la réclama pour les galeries de cet établissement. Ce n'est qu'en 1801 que la voiture à vapeur de Cugnot arriva au Conservatoire. Elle y est encore aujourd'hui et les visiteurs l'examinent avec intérêt ; nous la reproduisons ci-contre d'après une photographie que nous avons fait exécuter pour nos lecteurs. Cette voiture était actionnée par une machine à vapeur simple effet. Elle comprend deux cylindres de bronze et la chaudière montée à l'avant était enveloppée d'une couche de terre réfractaire formant corps isolant. La voiture, qui a trois roues, constitue un véritable tricycle. Cugnot mourut en 1804, âgé de 79 ans.

Gaston Tissandier, La Nature, 1895

Cugnot's second road Wagon, 1770


...
Meanwhile automobile propulsion was making ideal progress on the continent, and in 1769 Cugnot had constructed a running steam wagon. It was in reality a tricycle, the front single wheel being driven by a pair of cylinders acting upon a crank shaft and geared by ratchets to the wheel shaft.
The boiler and engine overhung the forward wheel, which was also the steering wheel.
This, the first actual horseless vehicle, made a speed of 2 1/4 miles per hour, and was appreciated in military circles as a wonderful machine until it displayed erratic conditions by running into fences and walls.
Not daunted by these accidents, Cugnot, under patronage of the minister of war, built an improved and more powerful road wagon which was finished in 1770. It is still preserved in the Conservatoire des Arts et Metiers in Paris, France.
The improved road locomotive, as it was then called, consisted of a rear frame supported on two wheels, pivoted to the forked frame and bearing frame with steering sector of the 50-inch driving wheel, upon which the boiler and engine rested. The copper boiler had an internal furnace with two small copper chimneys passing up through the top of the boiler.
It had two single-acting cylinders with pistons connected to occillating arms with pawls acting on ratchet wheels fixed to the driving wheel axle. Thus each stroke of a piston made a quarter revolution of the driving wheel.
This roadster showed overloading on the single driving wheel and came to grief by overturning in rounding a corner.
Gardner D. Hiscox, Horseless vehicles, 1900

Le lorrain Cugnot et la locomotion automobile.

La Revue d'artillerie consacre une intéressante notice au premier inventeur de la locomotion automobile, le lorrain Joseph Cugnot, né à Void en 1725, qui s'occupa surtout d'art militaire et a laissé d’intéressants ouvrages de fortifications.
C'est en 1770, qu’en vue de faciliter les transports d’artillerie, il construisit le premier véhicule automobile à vapeur marchant sur route. Construite sur l'ordre du duc de Choiseul, alors ministre de la guerre, la voiture de Cugnot fut essayée en présence de M. de Choiseul, du général de Gribeauval et d'autres nombreux témoins ; l'expérience fut satisfaisante mais certains défauts de proportion ayant causé des interruptions dans la marche, une nouvelle voiture fut commandée à l'ingénieur.
Malheureusement survint la chute du ministère, et le second fardier à vapeur, terminé en 1771, fut déposé aux établissements d'artillerie dans l'attente d'un essai ; sauvé des mais de démolisseurs en 1798, par M. L.-N. Rolland, il excita l'intérêt de Bonaparte, qui le signala à l'Institut, mais cette fois encore, la campagne d'Egypte vont empêcher les essais.
L’inventeur, que les secours de quelques amis sauvèrent seuls de la misère, obtint de Napoléon, sur la demande de ceux-ci, une pension de 1,000 fr. dont il profita bien peu ; il mourut en 1804.
Ce véhicule émit un tricycle, dont la roue d'avant était à la fois motrice et directrice. Il serait intéressant de réparer cette voiture qui existe encore et de la soumettre à quelques épreuves, après 130 ans.

"Au Pays Lorrain", 25 août 1904


Xe salon de l'Automobile, au Grand Palais, en novembre 1907.
Une rétrospective rassemble des ancêtres aux Invalides
Prophètes et précurseurs
On éprouvera donc une indicible satisfaction — pour achever d'un point final le chapitre des hypothèses et de l'imprécision — en abordant l'histoire véridique à coup sûr (bien que controversée à propos de certains détails) de la première voiture à vapeur ayant fonctionné par ses propres moyens, et dont l'auteur n'est autre que le génial Cugnot !

Cugnot et sa voiture furent à l'histoire de l'automobilisme, ce qu'est la première étincelle précédant l'incendie.
Sous la cendre couve, longtemps parfois, le germe de la flamme... celle-ci jaillit soudain, lumineuse, éclatante, mais trop faible, et s'éteint. Cugnot fut cet éclair rompant le calme harmonique des choses, éclair vite disparu.
Son invention frappa l'esprit d'un certain nombre, qui rapidement s'en désintéressèrent.
On garda peut-être le souvenir de l'ingénieuse création : Nul ne songea à l'imiter de sitôt.
Il faut dire que Cugnot venait à une époque bouleversée, terrible, où les perturbations politiques et le chaos social avaient durement raison des timides aspirations de la science aux progrès, et comme l'a fort judicieusement écrit Garrett Fischer, l'isolement de Cugnot et de son oeuvre s'explique, car "avant la Révolution la France était trop languissante ; après, trop occupée..."

La vie de Nicolas-Joseph Cugnot nous est assez familière :
Né à Void en Lorraine, le 25 septembre 1725, Cugnot passa sa jeunesse en Allemagne où il exerça obscurément sa profession d'ingénieur.
Comme tel cependant, il avait dû étudier le Theatrum machinarium, publié par Leupold en 1720, et peut-être, la description de la machine à vapeur à haute pression et à deux cylindres que cet auteur affirme avoir été conçue par Denis Papin, l'avait-elle frappé.
Quoi qu'il en soit, on prétend qu'un modèle réduit de l'engin qui devait être la première automobile, fut construit par Brézin sur les indications de Cugnot en 1763 et expérimenté à Bruxelles.

Où trouverait-on trace de ces essais? ... L'un de nos contemporains, M. A. R. Sennett, savant anglais, membre de l'Institut des ingénieurs civils et secrétaire honoraire du comité de l'Exposition internationale de véhicules sans chevaux, tenue à Londres en 1896, fit à cette occasion aux bibliothèques royales et civiques de Bruxelles, des recherches sérieuses, mais, en dépit de l'extrême complaisance du personnel, ne put rien découvrir, si ce n'est que, beaucoup plus tard alors, après l'époque supposée de ces premières expériences, Cugnot revint à Bruxelles, tandis qu'à Paris éclatait la Révolution de 1789.
Par contre, nous entrons dans le domaine de la documentation précise dès 1769, c'est-à-dire six ans après la première expérience supposée de Bruxelles :

Il existe un curieux historique, une biographie, si l'on veut, de la première voiture de Cugnot ; on en doit la rédaction pittoresque à un officier supérieur, L.-N. Rolland, commissaire général de l'artillerie et ordonnateur des guerres, qui, dès 1801, attira l'attention des pouvoirs publics sur cet engin, alors abandonné dans une cour de l'Arsenal et exposé à tous les risques.
Voici la teneur de ce document, dont l'original est précieusement conservé aux archives du Conservatoire des arts et métiers à Paris (la même lettre fut adressée au président du pouvoir exécutif).

A l'Arsenal, le 4 pluviôse an VIII (23 février 1801), L.-N. Rolland, commissaire général de l'artillerie et ordonnateur des guerres, au ministre de la guerre.
Citoyen Ministre,
Citoyen ministre, en 1769 (v. s.), un officier suisse nommé Planta proposa au ministre Choiseul plusieurs inventions, parmi lesquelles une voiture mue par l'effet de la vapeur d'eau produite par le feu.
Le général Gribeauval, ayant été appelé pour examiner le prospectus de cette invention et ayant reconnu qu'un nommé Cugnot, ancien ingénieur chez l'Étranger, et auteur de l'ouvrage intitulé : Fortifications de campagne, s'occupait alors d'exécuter à Paris une invention semblable, détermina l'officier suisse à en faire lui-même l'examen.
Cet officier l'ayant trouvée en tous points préférable à la sienne, le ministre Choiseul autorisa Cugnot d'exécuter aux frais de l'Etat, celle par lui commencée en petit.
Mise en présence de ce Ministre, du général Gribeauval et de beaucoup d'autres spectateurs, et chargée de quatre personnes, elle marchait horizontalement, et j'ai vérifié qu'elle aurait parcouru 1 800 à 2 000 toises par heure, si elle n'avait éprouvé d'interruption.
Mais la capacité de la chaudière n'ayant pas été proportionnée avec assez de précision à celle des pompes, elle ne pouvait marcher de suite que pendant la durée de douze à quinze minutes seulement, et il fallait la laisser reposer à peu près la même durée de temps afin que la vapeur d'eau reprit sa première force : le four étant d'ailleurs mal fait laissait échapper la chaleur, la chaudière paraissait aussi trop faible pour soutenir dans tous les cas l'effet de la vapeur.
Cette épreuve ayant fait juger que la machine exécutée en grand pourrait réussir, l'ingénieur Cugnot eut ordre d'en faire construire une nouvelle qui fût proportionnée de manière que, chargée d'un poids de 8 à 10 milliers, son mouvement pût être continué pour cheminer à raison d'environ 1800 toises à l'heure.
Elle a été exécutée vers la fin de 1770 (v. s.) et payée à peu près 22 000 livres.


L'on peut s'en rapporter avec confiance aux affirmations contenues dans le rapport du commissaire des guerres L.-N. Rolland ; elles coïncident exactement avec les renseignements qu'il a été loisible de puiser à d'autres sources.
L.-N. Rolland ne dit pas où la seconde voiture de Nicolas-Joseph Cugnot fut construite, mais il y a tout lieu de supposer que ce fut à Paris, à l'Arsenal militaire et sous la haute direction des officiers d'artillerie.

En effet, au lendemain des expériences de la première machine, considérées ainsi qu'on sait, comme à peu près concluantes, soit le 23 avril 1770, M. le général de Gribeauval passait l'ordre suivant à M. de Chateaufer, directeur de l'artillerie à Strasbourg :
Ordre donné par M. de Gribeauval à M. de Chateaufer, directeur de l'artillerie de Strasbourg, le 23 avril 1770.
Il est nécessaire, Monsieur, qu'aussitôt que ma lettre vous sera parvenue, vous fassiez exécuter à la fonderie de Strasbourg, deux pompes de 14 pouces de longueur intérieure et de 12 pouces de diamètre et de A lignes d'épaisseur, le tout conformément au dessin que vous trouverez ci-joint.
Lorsque ces pompes et ces pistons seront prêts, vous les remettrez au commissionnaire du sieur Biétrix, pour les faire parvenir sans perte de temps au sieur Mazurier, garde-magasin d'artillerie à l'Arsenal de Paris ;
Je suis... etc.


Les instructions données à la fonderie de Strasbourg furent, sinon rapidement, du moins scrupuleusement exécutées.

En effet, le 2 juillet 1771 — c'est-à-dire dix-huit mois après ! — la seconde machine de Cugnot était construite, et l'on peut constater aujourd'hui encore en mesurant les cylindres de l'engin, combien les dimensions prescrites furent rigoureusement respectées à la fabrication.


Cette même voiture est précieusement conservée dans les galeries du Conservatoire des arts et métiers de Paris, depuis 1801. Elle est montée sur trois roues dont celle d'avant, à la fois directrice et motrice est garnie d'un bandage crénelé pour augmenter son adhérence.
Le moteur comporte deux cylindres à vapeur accouplés, en bronze, qui ne sont autres que ceux fondus en 1770, dans les ateliers de l'artillerie à Strasbourg, sous la direction de M. de Chateaufer.
Le véhicule se compose dé deux parties bien distinctes : un solide cadre en charpente, formé de deux robustes longerons assemblés au moyen de poutres transversales, qui constitue le "fardier" proprement dit, destiné évidemment à porter des canons ou tous autres objets de grand poids.
Puis un bâti en fer forgé suspendu sur la roue motrice, comme un fléau de balance, portant la chaudière et la machine.
La stabilité de cet appareil, écrit M. Louis Lockert, ne paraît pas, au premier abord, donner satisfaction, puisque l'extrémité du bâti en fer tend, sous le poids de la chaudière, à se relever en soulevant l'avant du cadre en charpente, mais il paraît évident que Cugnot n'avait jamais eu l'idée que son fardier dût fonctionner à vide, et si l'on songe aux masses énormes que la solidité de sa construction lui permet de recevoir, on comprend que sa stabilité en charge ne laissera plus rien à désirer.

Cugnot, en effet, comme le rapporte L.-N. Rolland, avait reçu l'ordre d'établir une machine susceptible de fonctionner, chargée d'un poids de huit à dix milliers.
Nous avons donc à saluer, en la forme de l'engin construit par Cugnot, non seulement le synthétique ancêtre de l'automobile, mais encore et en même temps que le précurseur du tricycle mécanique, le premier "poids lourd" dont l'utilisation industrielle et militaire ait été prévue!

On est prêt ! ...
Le 2 juillet 177.1, la voiture de Cugnot étant prête, le général de Gribeauval en informa son chef hiérarchique, M. le marquis de Monleynard, alors ministre de la guerre, par la lettre suivante :
Monsieur le Marquis,
J'ai l'honneur de vous adresser un mémoire, pour vous rendre compte de l'état de la voiture à feu de M. Cugnot, dont j'ai eu celui de vous parler.
Cette voiture est à l'Arsenal de Paris ; il suffira d'avertir l'inventeur huit jours d'avance, quand il vous plaira d'en ordonner l'épreuve.
Je suis, avec respect... etc. '


Huit jours ! Il fallait donc à Cugnot une semaine de préparation préalable pour faire fonctionner sa voilure !
Cent onze ans après, en 1892, la maison Panhard-Levassor ne demandera plus que "quelques minutes" pour mettre en action son mécanisme et lorsque s'ouvrira l'ère du siècle vingtième, les moteurs partiront au "premier quart de tour de manivelle !".
A l'appui de sa lettre, le général de Gribeauval avait fait parvenir au ministre de là guerre un mémoire important, relatant l'historique de la première voilure de Cugnot, et s'achevant par l'examen de l'endroit éventuel où devraient se poursuivre les expériences du second véhicule.
On avait projeté, lit-on en ce mémoire, de faire cet essai dans le parc de Meudon, près de l'avenue de Versailles, parce qu'il faut un chemin fait, et des rampes douces pour monter et descendre, et pour former le conducteur avant de se hasarder dans les grands chemins ordinaires. Au surplus, cette porte du parc étant fermée, on serait débarrassé de la foule des spectateurs.

Nous voici donc à l'heure décisive.
Seule l'attente de l'ordre d'essai fait différer les expériences à l'issue desquelles il sera décidé de continuer ou d'abandonner toutes recherches relatives à cette invention.
Malheureusement, le haut personnage qui, le premier, s'était intéressé à la conception de Cugnot, le marquis de Choiseul, victime des fluctuations de la politique, venait de tomber en disgrâce et de partir pour la terre d'exil.
La lettre et le mémoire adressés au ministre de la guerre par le général de Gribeauval, restèrent sans réponse et la voiture demeura abandonnée sous un hangar à l'Arsenal.

Les années s'enfuirent, rapides, sous la menace grondante des revendications populaires, et dans le flot montant des "ultimatum" sociaux, la voix isolée de Cugnot fut étouffée.
Parti, comme on sait, pour la Belgique à la veille de 1989, Cugnot revint ensuite à Paris, vivre une existence des plus précaires.
L'inventeur de la première voiture automobile subissait ainsi le malheureux sort commun à tous les novateurs.
Denis Papin, exilé par la révocation de l'édit de Nantes, traîne une existence pénible à l'étranger et meurt de misère et de chagrin. Leboa d'Humbersin tombe assassiné à l'âge de trente-sept ans, au moment où il touche à la célébrité et à la fortune, etc., etc.

La seule consolation qu'il ait pu obtenir — beaucoup plus tard — se réduisit à une modeste pension de 1000 francs qui lui accorda le Premier Consul, sur la recommandation de l'Institut, recommandation formulée dans un rapport de MM. Lalande, Messier et de Prony, pitoyables à son infortune, et désireux de l'empêcher de mourir dans un absolu dénuement.
M. Hachette, professeur à l'École polytechnique, sans doute bien placé pour être renseigné, a toutefois affirmé que Cugnot donna longtemps des leçons d'art militaire à l'Arsenal jusqu'à sa mort. Ces cours devaient être rétribués, mais l'allocation affectée pouvait-elle suffire à mettre Cugnot à l'abri du besoin ? M. Hachette ne nous l'affirme pas.

Cugnot ne profita pas longtemps de sa modeste retraite et s'éteignit non le 10 octobre 1804 comme assurent certains, mais quelques jours auparavant, croyons-nous ; en tout cas, juste à l'époque où commençait à circuler dans Londres la première voiture à vapeur inventée et construite par Trevithick et Vivian qu'avaient inspirés les études de Watt et de Murdoch.
Cugnot avait publié plusieurs ouvrages scientifiques: Éléments de l'art militaire ancien et moderne (1766, 2 volumes in-8). — Fortifications de campagne (1769, 1 volume in-12). — Théorie de la fortification (1778, 1 volume in-12).

Cinquante ans après.— La controverse des essais à l'Académie des sciences

Ce n'est guère qu'un demi-siècle plus tard que Cugnot et son invention redevinrent en France "d'actualité".
Le général Morin, membre de l'Académie des sciences, au cours de la séance du 11 avril 1851, après avoir exposé devant ses collègues l'historique de la première voiture à traction mécanique française, épilogua longuement sur le fait de savoir si la deuxième voiture de Cugnot avait été essayée.
A la vérité, la question est digne de la controverse et de la discussion.
Aucun document formel n'établit l'essai ; toutefois peut-on l'induire des faits rapportés et des textes authentiques, en dépit de l'opinion du général Morin, en dépit de sa conviction bien arrêtée dans le sens de la négative : la deuxième voiture de Cugnot ne fut pas essayée.
Car telle est la thèse soutenue par le général Morin ; nous lui opposerons la documentation suivante :
Voici tout d'abord le texte d'une lettre, curieuse à plusieurs points de vue, et qui contient implicitement que des essais ont été effectués.
Cette lettre émane d'un homme considérable de son époque, le général marquis de Saint-Auban, maréchal de camp d'artillerie. Elle fut adressée, le 12 mars 1779, à Messieurs de la Société royale des sciences et arts de Metz, et imprimée pour la première fois dans le Journal militaire et politique, n° 3 (1er mai 1779).
Elle n'est guère élogieuse pour ce pauvre Cugnot, et comme l'a très justement fait remarquer à son occasion M. le commandant Ferrus, dans la Revue d'artillerie, on ne saurait porter de jugements définitifs sur l'avenir des nouveaux engins, car l'exemple du maréchal de Saint-Auban est instructif pour quiconque serait tenté de condamner a priori les inventions des novateurs.

Quoi qu'il en soit, voici le texte de cette lettre :
La manie des nouveautés, Messieurs, a été portée à un point qui est à peine croyable ; on a prétendu substituer aux voitures et aux chevaux qui traînent l'artillerie, des machines à feu, mises en mouvement par des pompes et pistons ; on aurait peine à imaginer que l'illusion eût été poussée jusqu'à demander et obtenir, en 1768, des ordres pour les épreuves d'une pareille machine, et que les essais en eussent été faits plusieurs fois dans la vue et l'espérance d'en faire un emploi utile pour le transport de l'artillerie, si tous les écrits périodiques et publics d'alors ne certifiaient ce fait, et si la machine n'était existante dans l'un des ateliers de l'Arsenal de Paris, où on peut la voir; on la trouvera aussi ingénieuse qu'inutile ; c'est une espèce de grand haquet, à très gros brancards et fortes roues, la machine sans poids extérieur, mais avec ses fourneaux, sa chaudière, ses pompes et pistons pèse environ cinq milliers ; une explication plus détaillée de cette machine serait ici déplacée.
L'inventeur est un nommé Cugnot ; cette machine fit le trajet de Paris à Vincennes, mais à plusieurs reprises, parce que la chaudière est trop petite; elle traîna 6 500 l. p. dont on la chargea, et était à simple pression atmosphérique.
On nous a fait cette objection :
"Rien, dans la lettre de Saint-Auban, ne prouve qu'il s'agisse de la seconde voiture de Cugnot, et les expériences qu'il relate ont vraisemblablement trait aux essais effectués avec le premier véhicule."

Nous ne saurions être de cet avis. En effet, Saint-Auban rapporte que la machine expérimentée traîna 6 500 l. p. dont on la chargea.
Or, si nous en croyons L.-N. Rolland, la première voiture essayée en présence de ce Ministre (Choiseul), du général Gribeauval et de beaucoup d'autres spectateurs n'était chargée que de quatre personnes tandis que, d'autre part, le chiffre de 6 500 livres pesant transportées correspond assez exactement avec la charge prévue pour la seconde voiture, soit huit à dix milliers.
D'autres arguments viennent à l'appui de notre thèse.
Si le général Morin soutenait, en 1851, que la deuxième voiture de Cugnot n'avait pas été essayée, son collègue, à l'Académie des sciences, M. Pouillet, prétendait le contraire,
Peut-être était-il fondé à le croire.
Pouillet, qui fut professeur et administrateur des Arts et Métiers, de 1831 à 1849, avait fait exécuter de la voiture de Cugnot, un petit modèle qui lui servait à en expliquer la construction dans son cours.
Il affirmait que la voiture avait été soumise à un essai au début duquel (ce sont ses paroles) : Elle acquit une telle violence qu'elle renversa un pan de mur qui se trouvait sur son passage.
A quoi Morin rétorquait, assez judicieusement d'ailleurs, que si le fait était exact, la voiture porterait encore des traces de cet accident.
Mais Pouillet assurait tenir le fait de M. Molard, l'un des fondateurs du Conservatoire qui, étant donné son âge, pouvait fort bien avoir assisté en personne aux expériences de Cugnot.

D'ailleurs, "l'affaire du mur" fut racontée et publiée à une époque assez rapprochée de la date à laquelle elle aurait dû se produire, pour qu'on puisse lui accorder certaine créance.
Effectivement, huit jours environ après la mort de Cugnot, le Moniteur du 6 octobre 1804 (18 vendémiaire an XIII) raconte ce qui suit :
Elle (la deuxième voiture de Cugnot) fut exécutée à l'Arsenal et mise à l'épreuve. La trop grande violence de ses mouvements ne permettait pas de la diriger, et, dès la première épreuve, un pan de mur qui se trouvait dans sa direction en fut renversé. C'est ce qui empêcha d'en faire usage.

Enfin, Bachaumont lui-même écrit dans ses Mémoires, à la date du 20 novembre 1770 :
On a parlé, il y a quelque temps, d'une machine à feu pour le transport des voitures et surtout de l'artillerie, dont M. de Gribeauval, officier en cette partie, avait fait faire des expériences qu'on a perfectionnées depuis, au point que, mardi dernier, la même machine a traîné dans l'Arsenal une masse de cinq milliers, servant de socle à un canon de quarante-huit, du même poids à peu près, et a parcouru, en une heure, cinq quarts de lieue. La même machine doit monter sur les hauteurs les plus escarpées et surmonter tous les obstacles de l'inégalité des terrains ou de leur affaissement.

La voiture de Cugnot — essayée ou non — faillit pâtir des perturbations sociales provoquées parla Révolution. Pendant la Terreur, un comité révolutionnaire voulut s'emparer de l'engin pour en faire de la ferraille. Heureusement L.-N. Rolland veillait à sa sauvegarde.
Je chassai de l'Arsenal ce comité, rapporte-t-il, dans son mémoire, et la voiture y a été conservée.

Toutefois l'Arsenal militaire ne présentait pas les garanties d'une retraite convenable pour l'historique "voiture à feu".
Ce fut l'opinion des savants, intéressés pour la plupart, à sa conservation pieuse.
Au cours d'une délibération des dirigeants du Conservatoire des arts et métiers, en date du 8 thermidor an VII (27 juillet 1799), M. Molard proposa à ses collègues qui l'acceptèrent, de réclamer au gouvernement le dépôt de cette machine au musée du Conservatoire.
Le ministre de la guerre y consentit, donna des ordres en conséquence.
A ceux-ci, qui se trouvent aux archives des Arts et Métiers, fut joint un rapport du général Androssi adressé au ministre de la guerre, le 25 pluviôse an VII (14 février 1800), par lequel on demande, conformément à la proposition de L.-N. Rolland, que la machine soit essayée avant d'être envoyée de l'Arsenal au Conservatoire '.
En dépit de l'approbation ministérielle que porte ce rapport, il ne semble pas qu'on ait donné suite aux essais souhaités.
La voiture authentique de Cugnot est, depuis 1801, conservée aux Arts et Métiers, ainsi que nous l'avons déjà dit. Il en existe, en outre, une copie réduite visible à Londres, au South Kensington Muséum. Cette pièce porte le numéro 96 de la Mechanical Engineering Collection (Science division).

On le déplorera d'autant plus que ces expériences auraient permis d'élucider un second mystère.
Nous avons exposé les raisons qui font croire que la seconde voiture de Cugnot a été essayée.
Mais si l'on admet cette hypothèse, il faut contester à l'engin conservé aux Arts et Métiers le titre de "voiture authentique".
La chaudière existante aujourd'hui est absolument inutilisable. Il est impossible d'y faire du feu, d'y remettre de l'eau. C'est une chaudière qui n'est pas achevée. Si la voiture a été réellement essayée, elle était forcément munie d'une autre chaudière.


Cette sensationnelle constatation qui — remarquons-le en passant — n'a jamais été soulignée jusqu'ici, est l'oeuvre de M. A. Mallet, le savant bibliothécaire de la Société des Ingénieurs civils qui publia sur la question, en 1896, à l'occasion de l'apparition du livre de M. Louis Lockert, les Voilures à vapeur, la très curieuse et fort logique appréciation que voici (Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de janvier 1906) :
Nous terminerons cette note par quelques considérations sur la question de la voiture de Cugnot.
Le compte rendu que nous venons de faire du livre de M. Lockert, nous a donné l'idée d'étudier de plus près tant cette voiture que les dessins qui sont au portefeuille du Conservatoire des arts et métiers.
Nous ne cacherons pas que nous avons été profondément étonné. Certes, ce qui concerne le véhicule et même la machine proprement dite, n'est pas mal combiné, surtout si l'on tient compte de l'époque et du peu d'expérience de l'auteur, mais la partie capitale, la chaudière, laisse tout à désirer dans la machine qui est au Conservatoire : il est absolument impossible de comprendre comment on aurait pu mettre de l'eau dans la chaudière et faire du feu sous celle-ci. D'abord le générateur en forme d'ellipsoïde de révolution ne possède que deux ouvertures : l'une à la partie supérieure pour conduire la vapeur à la machine, l'autre directement en dessous et au fond, fermée par un bouchon à vis assez mal placé au plus vif du feu (si ce feu pouvait être vif). On ne pouvait donc introduire d'eau qu'en démontant le tuyau de vapeur. Cette opération, délicate avant l'allumage, serait impraticable en route pour refournir de l'eau à la chaudière à mesure de l'évaporation. D'autre part, la chaudière est entièrement entourée d'une enveloppe en tôle fermée de toutes parts, sauf en haut, où il y a deux petites cheminées, et sur le côté, où est une porte pour introduire le combustible. Il n'y a ni grille ni place pour la mettre, le fond de l'enveloppe étant à 22 centimètres seulement en contrebas du fond de la chaudière.
Par où l'air destiné à la combustion pourrait-il s'introduire ? Cette chaudière, telle qu'elle est actuellement et telle que la représentent les dessins du portefeuille, ne pourrait donc fonctionner en aucune manière, à moins qu'on ne suppose que le foyer agissait comme dans un samovar, et alors quelle production de vapeur pouvait-on espérer ?
Nous laissons de côté l'absence de soupape de sûreté, omission singulière si, comme le dit M. Lockert, "la conception de la voilure de Cugnot procède des travaux de Papin, dont Cugnot est évidemment le disciple", et celle de tout moyen de faire reconnaître le niveau d'eau dans la chaudière.
Ce sont, quelque importants qu'ils soient, des détails bien secondaires en présence des imperfections radicales de ce générateur, qui nous semblent entraîner une impossibilité absolue de fonctionnement. Il semblerait vraiment que la chaudière dont nous nous occupons, ou n'a jamais été achevée ou n'a pas été faite pour fonctionner ; si on ajoute qu'elle reproduit tous les défauts qu'on avait signalés dans le générateur de la première voiture, on reconnaîtra qu'il y a là un mystère auquel nous n'avons jamais vu faire la moindre allusion dans tout ce qui a été écrit sur la machine de Cugnot, même par des écrivains très éminents. M. Lockert qui entre dans des détails très minutieux sur certaines parties de la Voiture dont nous nous occupons, laisse entièrement de côté cette question de la chaudière.


La note de M. A. Mallet ouvre des horizons très nouveaux sur la question.
Le mystère est suffisant... néanmoins, embrouillons encore un peu l'affaire.
Séguier, dans son rapport à l'Académie des sciences sur la "Locomotion sur routes ordinaires à l'aide de la vapeur", en date du 4 juin 1866, écrit ceci :
Comme on le comprend déjà, la cause de la locomotion se trouvait en avant du fardier dans cette roue unique qui, pour trouver plus d'adhérence avec le sol, était aidée d'un bandage strié et supportant tout le poids de la chaudière de son eau, ainsi que du fourneau formé d'une enveloppe de tôle garnie de terre réfractaire ; les chaudières à foyer intérieur n'étaient point encore imaginées.

Que signifie ce passage : Ainsi que le fourneau formé d'une enveloppe de tôle garnie de terre réfractaire.
Où Séguier a-t-il vu ce dispositif?
Pas sur la voiture conservée dans les galeries des Arts et Métiers, à coup sûr. A moins alors que celle-ci n'ait subi, depuis 1866, des modifications, fait peu probable.
Que se passa-t-il donc ? On peut formuler plusieurs suppositions :
1° La seconde voiture de Cugnot ne fut pas essayée ; la chaudière n'était pas achevée : c'est bien celle qui se trouve aujourd'hui aux Arts et Métiers.
(Mais alors, il faut admettre que les témoignages fournis par de Gribeauval, de Saint-Auban, Pouillet renseigné par Molard sont erronés.).
2° La seconde voiture de Cugnot a été essayée.
(Mais alors était munie d'une autre chaudière que celle existant actuellement ; peut être celle de la première voiture ; peut-être une nouvelle qui, détériorée, fut remplacée en hâte par la chaudière inachevée que l'on peut voir aujourd'hui.)
La chaudière qui fonctionna fut-elle abîmée par les vandales de la Terreur et lui substitua-t-on celle existant actuellement ?
Mais alors Séguier invente, et n'a pas vu, comme il le raconte, le fourneau formé d'une enveloppe de tôle garnie de terre réfractaire, puisque celui-ci n'existe pas aujourd'hui et que nous supposons avoir l'engin authentique.
3° La voiture de Cugnot a subi, quant à la chaudière, des modifications depuis 1866.
Mais alors, comment se fait-il qu'on ne le sache pas.

Pour notre part, nous serions assez disposés à croire que la seconde voiture de Cugnot a été essayée ; que par suite d'accidents ou de mauvais soins la chaudière a été détériorée qu'on a remplacé cette dernière, entre la date des dernières expériences et le transfert du véhicule aux Arts et Métiers, par une chaudière commencée, mais qui ne fut jamais achevée ; que Séguier, en rédigeant son rapport sur la foi de notes recueillies çà et là, a négligé de vérifier par lui-même l'authenticité de leurs affirmations et a parlé d'un fourneau qui n'existait déjà plus.
Ce sont là toutefois des hypothèses, et le mystère ne sera pas éclairci de sitôt.

Quoi qu'il en soit, l'oeuvre de Cugnot présente un intérêt capital.
Le général Morin, à la séance de l'Académie des sciences du 14 avril 1851, lui rendait cet éclatant hommage, d'ailleurs très mérité :
Si l'on se rappelle que c'est en 1769 seulement que Watt obtint sa première patente de perfectionnement des machines fixes, dans laquelle il n'est pas question de l'application de la vapeur, et que les premières locomotives de Blenkinson ne datent que de 1811, on reconnaîtra sans doute comme bien établis, les droits de Cugnot à la priorité de l'application de la vapeur à la locomotion.
Saluons en Nicolas-Joseph Cugnot l'intelligence du précurseur et aussi une gloire nationale ; mais nous ne saurions omettre dans nos élans de reconnaissance la mémoire des Choiseul, des Gribeauval, des Rolland, qui encouragèrent, protégèrent et commémorèrent ses travaux; du Premier Consul qui sut atténuer la misère de l'obscur novateur, de Molard qui provoqua le dépôt de la précieuse voiture au Conservatoire des arts et métiers, et du général Morin qui consacra définitivement, par ses belles paroles prononcées au sein de l'Académie des sciences, l'importance de la découverte du génial Cugnot.

Histoire de l'automobile, Pierre Souvestre, H. Dunod et E. Pinat (Paris), 1907

Origine de Nicolas-Joseph Cugnot

Premier inventeur de la locomotion automobile, il naquit à Void (Meuse), le 26 février 1725, de Claude Cugnot et de Marie-Victoire Bourget. Il eut pour parrain Nicolas Cugnot et pour marraine Hélène Rouchot, femme de Jean Bourget, de la paroisse de St-Mihiel.
A Metz, vivait au XVIIe et XVIIIe siècle, une famille Cugnot : Gérard Cugnot, maître menuisier, puis architecte, épousa en 1678 Barbe PrasIin, de laquelle il eut treize enfants, dont Nicolas, né le 9 octobre 1680 et Claude, né le 18 octobre 1686.
Il serait intéressant de savoir si ce Claude et ce Nicolas Cugnot, de Metz, étaient l'un le père, l'autre le parrain de Nicolas-Joseph, de Void ?

Un bibliophile Messin, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 décembre 1927

A brief history of self-propelled road vehicles


FIG. 1. Captain Cugnot 'a Three-wheel Steam Artillery Carriage (1769-70). This cut shows details of the single flue boiler and of the driving connections.

Requirements for a Successful Motor Carriage
Even before the days of successful railroad locomotives several inventors had proposed to themselves the problem of a steam-propelled road wagon, and actually made attempts to build machines to embody their designs.
In 1769 Nicholas Joseph Cugnot, a captain in the French army, constructed a three-wheeled wagon, having the boiler and engine overhanging, and to be turned with the forward wheel, and propelled by a pair of single-acting cylinders, which worked on ratchets geared to the axle shaft. It was immensely heavy, awkward and unmanageable, but succeeded in making the rather unexpected record of two and a half miles per hour, over the wretched roads of that day, despite the fact that it must stop every few hundred feet to steam up. Later attempts in the same direction introduced several of the essential motor vehicle parts used at the present day, and with commensurately good results. But the really practical road carriage cannot be said to have existed until inventors grasped the idea that the fuel for the engines must be something other than coal, and that, so far as the boilers and driving gears are concerned, the minimum of lightness and compactness must somehow be combined with the maximum of power and speed. This seems a very simple problem, but we must recollect that even the simplest results are often the hardest to attain. Just as the art of printing dates from the invention of an inexpensive method of making paper, so light vehicle motors were first made possible by the successful production of liquid or volatile fuels.

James Edward Homans, Self-propelled Vehicles: A Practical Treatise on the Theory, Construction, Operation, Care and Managment, 1902-1914

Pioneer Inventors - Nicholas Joseph Cugnot

Dr. Erasmus Darwin is said to have urged James Watt and Matthew Boulton to build a fiery chariot as early as 1765. In his poem, The Botanic Garden, famous in that day, Dr. Darwin, like a prophet crying in the wilderness, sang of the future of steam in these lines :
"Soon shall thy arm, unconquered steam, afar Drag the slow barge, or drive the rapid car ; On, on wide waving wings, expanded bear The flying chariot through the field of air ; Fair crews triumphant, leaning from above, Shall wave their fluttering 'kerchiefs as they move, Or warrior bands alarm the gaping crowds, And armies shrink beneath the shadowy clouds."
These lines may indeed be fairly interpreted as anticipating in prophetic prediction the modern motor airship, as well as the motor car.
It was considerably later than this that the dream of Dr. Darwin approached to realization at the hands of the steam engine inventors and builders. Aside from Nicholas Joseph Cugnot, the French army officer who, about 1769, constructed an artillery wagon propelled by a high-pressure engine, those who first built successful self-propelled vehicles for highway travel were the famous engineers of England and Scotland, who harnessed steam and developed the high-pressure engine in the last half of the eighteenth century and the first half of the nineteenth. James Watt patented, in 1782, a double-acting engine, which he planned might be "applied to give motion to wheel carriages," the engine to be portable; but he never put the patent to trial. He was followed by George Stephenson, Richard Trevi thick, Walter Hancock, Goldsworthy Gurney, David Gordon, William Brunton and others in England, and Oliver Evans, Nathan Read and Thomas Blanchard in the United States, with two score or more contemporaries. For more than half a century steam vehicles of various types were invented by these engineers and many of them were brought into practical use.

Nicholas Joseph Cugnot
Born at Void, Lorraine, France, September 25, 1725. Died in Paris, October 2, 1804.
Concerning the early life of Cugnot, little is known. He was educated for the engineering service of the French army, and gained distinction as a military and mechanical engineer. He also served as a military engineer in Germany. Soon afterward he entered the service of Prince Charles of Lorraine, and for a time resided at Brussels, where he gave lessons in the military art. He did not return to his native land until 1763, and then invented a new gun, with which the cavalry were equipped.
This brought him to the attention of the Compte de Saxe, and under the patronage of that nobleman, he constructed in 1765 his first locomotive. This was a small wagon. On its first run it carried four persons, and traveled at the rate of two and a quarter miles an hour. The boiler, however, being too small, the carriage could go only for fifteen or twenty minutes before the steam was exhausted, and it was necessary to stop the engine for nearly the same time, to enable the boiler to raise the steam to the maximum pressure, before it could proceed on its journey. This machine was a disappointment, in consequence of the inefficiency of the feed pumps. It has been stated that while in Brussels he had made a smaller vehicle, which, if so, was soon after 1760.
Several small accidents happened during the trial, for the machine could not be completely controlled, but it was considered on the whole to be fairly successful and worthy of further attention. The suggestion was made that provided it could be made more powerful, and its mechanism improved, it might be used to drag cannon into the field instead of using horses for that purpose. Consequently, Cugnot was ordered by the Due de Choiseul, Minister of War, to proceed with the construction of an improved and more powerful machine. This vehicle, which was finished in 1770, cost twenty thousand livres. It was in two parts, a wagon and an engine. The wagon was carried on two wheels and had a seat for the steersman ; the engine and boiler were supported on a single driving-wheel in front of the wagon. The two parts were united by a movable pin. A toothed quadrant, fixed on the framing of the fore part, was actuated by spur gearing on the upright steersman's shaft in close proximity to the seat, by means of which the conductor could cause the carriage to turn in either direction, at an angle of from fifteen to twenty degrees. In front was a round copper boiler, having a furnace inside, two small chimneys, two single-acting brass cylinders communicating with the boiler by the steam pipe, and other machinery. On each side of the driving-wheel, ratchet wheels were fixed, and as one of the pistons descended, the piston-rod drew a crank, the pawl of which, working into the ratchet-wheel, caused the driving-wheel to make a quarter of a revolution. By gearing, the same movement placed the piston on the other side in a position for making a stroke, and turned the four- way cock, so as to open the second cylinder to the steam and the first cylinder to the atmosphere. The second piston then descended, causing the leading wheel to make another quarter of a revolution, and restoring the first piston to its original position. In order to run thevehicle backwards, the pawl was made to act on the upper side, changing the position of the spring which pressed upon it; then, when the engine was started, the pawl caused the driving-wheel to turn a quarter of a revolution in the opposite direction with every stroke of the piston.
This machine was first tried in 1/70 in the presence of a distinguished assembly, that included the Due de Choiseul ; General Gribeauval, First Inspector-General of Artillery ; the Compte de Saxe, and others. Subsequently, other trials of it were made, with satisfactory results generally. The heavy over-balancing weight of the engine and boiler in front rendered it difficult to control. On one of its trips it ran into a wall in turning a corner and was partly wrecked.
Further experiments with it were abandoned, and in 1800 it was deposited in the Conservatoire des Arts et Metier, Paris, where it still remains.
At a later period of his life, having lost his means of support, Cugnot's public services were considered to entitle him to a reward from the State. Louis Fifteenth gave him a pension of six hundred livres, but the French Revolution coming on, he was deprived even of that pittance, and he lived in abject misery in Brussels. His carriage was then in the arsenal, and a revolutionary committee, during the reign of terror, tried to take it out and reduce it to scrap, but was driven off. When Napoleon came to the throne, he restored the pension and increased it to one thousand livres. In addition to his inventions, Cugnot wrote several works on military art and fortification.

Planta
A Swiss army officer who was contemporary with Cugnot in the seventeenth century. He was engaged upon the problem of a steam road wagon at about the same time that Cugnot conceived and executed his vehicle in 1769. General Gribeauval, to whom Cugnot's plan had been referred, engaged Planta to pass upon it and to examine the new vehicle. The Swiss officer found it in all respects so much better than his own that he so reported to the French Ministry of War and abandoned further endeavors on that line.

Lyman Horace Weeks, Automobile Biographies, 1904


Chocolat Suchard et buvard du Haut Comité d'Etudes et d'Information sur l'Alcoolisme (n° 14)


Le fardier vu par Tintin


1769. Le " Fardier " de Cugnot (France)
Si le français Cugnot fut devancé par d'autres pionniers de l'automobile, un fait demeure cependant incontestable : sa machine fut le premier grand véhicule mécanique du genre ; ses devanciers s'étaient tous contentés de modèles réduits.
Né à Void, en Lorraine, le 25 septembre 1725, Cugnot travailla quelque temps en Allemagne comme ingénieur, puis, après un passage à Bruxelles - où une tradition veut qu'il ait essayé vers 1763 un premier modèle de voiture à vapeur - il rentra en France.
C'est à Paris qu'il effectua ses premières expériences. À leur sujet, les mémoires des contemporains citent les endroits les plus divers et les dates les plus contradictoires. On a pourtant de bonnes raisons de croire que ce fut dans la cour de l'Arsenal de Paris que Cugnot effectua son premier essai en 1769. Il devait d'ailleurs éventrer un mur d'enceinte, n'ayant pas prévu de freins !' Ainsi se termina la carrière du premier Fardier.
Une deuxième voiture fut construite vers 1770 : c'est cette dernière qui est conservée au musée des Arts et Métiers de Paris. Le Fardier, conçu pour remorquer du matériel d'artillerie, se révéla capricieux et brutal :,aussi, malgré les dépenses considérables engagées dans les expériences, il fut finalement rangé dans un hangar.
Quant à Cugnot, l'exil du ministre Choiseul, qui le protégeait, puis la Révolution française arrêtèrent ses recherches. Durant la période révolutionnaire, il se réfugia à Bruxelles. Ensuite, à l'avènement de Bonaparte, il rentra en France, où il reçut du Premier Consul une pension de 1.000 francs, qui l'aida à vivre jusqu'en 1804, année de sa mort.
Certains techniciens et historiens ont émis des doutes sérieux sur l'authenticité du véhicule de Cugnot, mais de récentes études ont établi que le Fardier fonctionna bel et bien. La principale objection des sceptiques était l'impossibilité de brûler du charbon dans un tel foyer ; mais il était possible d'y brûler du bois, et c'est certainement ainsi que procéda l'inventeur français.

Joseph Cugnot


Les personnes qui connaissent le fardier de Cugnot ne manquent pas de préciser que ce dernier a atterri dans un mur. De même, des gravures montrent ce curieux appareil renversant un mur dans un nuage de fumée malgré les efforts désespérés du "chauffeur".
Durant la première moitié du XIXe siècle, le fardier reste peu connu et le Dictionnaire des arts et manufactures de Charles Laboulaye, dont la première édition paraît en 1847, ne le cite même pas.
Au début de l'année 1851, Arthur Morin, administrateur du Conservatoire, lit à l'Académie des sciences une "note sur la machine locomotive de Cugnot, déposée au Conservatoire des arts et métiers". Dans cette communication, Morin rappelle les premiers essais de Cugnot suivis de la fabrication, à la fonderie de Strasbourg et à l'arsenal de Paris, du fardier déposé par la suite au Conservatoire. Il précise prudemment: "Il ne m'a pas été possible jusqu'ici de savoir si l'essai de cette seconde machine a réellement été fait. J'avoue que l'état où elle est, quoique peu satisfaisant, ne me porte pas à ajouter une fois complète à l'assertion qu'elle aurait renversé un mur."
Mais la publication des comptes rendus de l'Académie, qui suit ce rapport, mentionne des observations de Pouillet, ancien administrateur du Conservatoire, qui viennent contredire Morin et font état d'une tradition transmise par Mollard, le premier administrateur du Conservatoire selon laquelle "on dit que, lors des épreuves auxquelles elle fut soumise, (la machine) acquit une telle vitesse, qu'elle renversa un pan de mur qui se trouvait sur son passage". Or, aucune source sérieuse d'époque ne vient confirmer ces affirmations que l'état actuel du fardier permet de mettre en doute.
La raison de ce désaccord pourrait être d'ordre plus politique qu'historique. En effet, Morin remplaçait Pouillet relevé de ses fonctions en 1849 pour avoir laissé se réunir, au Conservatoire, des députés de la Montagne, hostiles au gouvernement. Ne s'estimant guère, les deux hommes ne perdaient pas une occasion de s'affronter. Mais ce premier "accident automobile de l'histoire", imaginaire sans doute, n'aurait pas eu de consécration officielle si les vulgarisateurs, et non des moindres, n'avaient pris parti. C'est le cas, notamment, de Louis Figuier qui relate l'accident dans son premier ouvrage, écrit vers 1855, et surtout dans le premier tome des Merveilles de la science, paru en 1867, où il accompagne son article d'une gravure. Avec elle la tradition devient réalité et l'accident devient visible.
La série de Figuier a connu un immense succès et elle a servi de base à de multiples copies pour illustrer des livres scolaires d'histoire. Cent ans plus tard, la puissance de l'image est telle que, malgré les démentis d'historiens des techniques, l'idée d'un accident demeure.

Louis André, La revue du Musée des Arts et Métiers, février 1993

Dans Le Parisien Economie, article "Le boom de la voiture propre" (29.9.2008)



Philatélie


Mali, Poste Aérienne - S. Tome et Principe


Principales caractéristiques techniques du Fardier



voir la vidéo sur le site du CNAM ainsi que sur nicolascugnot.com (Alain A. Cerf)



• le châssis est formé de robustes poutres en chêne massif constituant une plate-forme supportée par deux roues en chêne cerclées de fer, à moyeux charronnés, à l'arrière.
Le conducteur et ses passagers disposent d'un siège sous lequel est placé le panier à bois pour le chauffage de la chaudière.
la longueur est de 7.25 m, la largeur 2.19 m, l'empattement de 3.08 à 3.42 m, la voie arrière de 1.72 m, le poids à vide atteint 2 800 kg dont 2 400 kg sur la roue avant.


le générateur de pression est placé sur des supports en fer forgé, fixés solidement au châssis en bois, en porte-à-faux tout à l'avant du véhicule.
Le foyer, en forme d'un tronc de cône, est placé à la base du dôme de la chaudière, logée entre la calotte sphérique et le fond du foyer. La flamme et les gaz chauds circulent librement dans l'intervalle qui les séparent et s'échappent par deux petites cheminées rectangulaires placées au-dessus du dôme et alimente en vapeur le système de distribution.
l'alimentation en bois se fait par une porte disposée à l'avant, une coupelle d'alimentation en eau surmontant le robinet de vapeur.
Aucune réserve d'eau n'est prévue pour alimenter la chaudière, ce qui limite la durée de marche du fardier et explique les nombreux arrêts "pour refaire de l'eau et du feu" lors des essais.

-

Le moteur est à deux cylindres à haute pression à simple effet, du type des machines de Newcomen, en bronze, verticaux et parallèles au-dessus de la roue avant.
Les extrémités inférieures des cylindres sont ouvertes à l'air libre et les pistons sont calés à 180° : l'un est au point mort haut pendant que l'autre est au point mort bas (1 temps moteur sur 2, invention de la transformation du mouvement alternatif linéaire en mouvement continu de rotation).
La cylindrée est de 67.72 litres (alésage 12 " / 325 mm, course 14 " / 378 mm).
Un robinet à deux voies permettant de diriger la vapeur vers le robinet de la machine à vapeur ou vers l'atmosphère (pas de monture de niveau, pas de soupape de sûreté). Il est actionné au moyen d'une tringlerie par le "chauffeur" qui peut ainsi laisser échapper la vapeur à l'air libre pour arrêter le véhicule.
P1 et P2 : pistons de la machine à vapeur ;
T1 et T2: tiges des pistons reliées au secteur de la transmission ;
R : robinet à deux voies ;
B : balancier ;
ba : bras du parallélogramme déformable
ta et tb : taquets solidaires des tiges de pistons ;
r : roulettes de relevage des pistons.

La distribution de la vapeur se fait au sommet de chaque cylindre au moyen d'un dispositif inventé par Cugnot :
Dans leurs mouvements de descente, les pistons provoquent la manoeuvre d'un robinet à deux voies (R) qui met successivement chaque cylindre en communication avec la tubulure d'arrivée de la vapeur (TU), puis avec l'atmosphère.
Ainsi sont réalisées les phases d'admission et d'échappement.
La manoeuvre du robinet est automatique grâce à une timonerie composée d'une chaîne dont les deux extrémités sont fixées à un levier coudé relié aux bras d'un parallélogramme déformable (ba).
Les taquets (ta et tb) fixés sur les tiges des pistons relèvent les roulettes (r) au moment de leur mouvement ascendant et déplacent ainsi le robinet de distribution.

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la roue avant motrice de 4 pieds (1,23 mètres), crénelée sur son pourtour pour assurer une meilleure adhérence, est entraînée par chaîne, rochet et cliquet (tringlerie complexe), la marche arrière étant obtenue par inversion de cliquet.
Les deux tiges des pistons (T1 et T2) passent de chaque côté de la roue.
Elles sont terminées chacune par un étrier attelé à une courte chaîne qui assure la liaison de chaque piston au secteur d'une roue à rochets.
Le secteur (T) suit le mouvement du piston correspondant et engrène la roue à rochets (RC) solidaire de la roue motrice, un temps sur deux, par l'intermédiaire d'un encliquetage (CL) dont le sens d'attaque peut être inversé pour réaliser la marche arrière, la roue à rochet (RC) possédant quatre crans symétriques pouvant être entraînés soit dans un sens, soit dans l'autre.
Le cliquet d'entraînement peut être placé dans les deux positions grâce à un levier manuel doté d'un ressort (r).
La continuité de marche est assurée par le mouvement alternatif des deux pistons qui attaquent chacune des roues à rochets placées de chaque côté de la roue.
Le piston descendant fait remonter l'autre grâce à un balancier (B) reliant les bras des deux secteurs.

Une traverse avant formant pont repose sur la cheville ouvrière sur laquelle pivote le train avant,
La direction est commandée par une manivelle à deux poignées qui fait tourner un axe vertical doté d'un pignon qui engrène sur un secteur denté solidaire du pivot de direction.
le dispositif d'arrêt est constitué d'un frein à bascule, un fer qui fait appuyer ses griffes dans une des cannelures transversales de la bande de roulement de la roue motrice, et commandé par pédale depuis le siège conducteur.

4 personnes sont transportée et un canon, le poids total en charge atteignant 8 à 10 milliers (4 à 5 tonnes), la vitesse est de 10.000 à 20.000 pieds à l'heure (environ 6 km/h).



Les photos "techniques" du CNAM








4552 - Voiture de Cugnot en réduction, construite par Barbouze et Médard (CNAM, 1850)
0-184 - Voiture Cugnot (CNAM)


Des précisions d'Alain Cerf, du Tampa Bay Automobile Museum Collection (Tampa, Clearwater, St. Petersburg area of west central Florida)

La chaudière
Cugnot et Brézin ont fait à mon avis un travail excellent avec les moyens de leur époque mais ils se sont plantés pour la chaudière. Lors des premiers essais, on leur dit: "c'est très bien, faites plus grand mais l'autonomie de la chaudière est complètement à revoir" je résume de mémoire.
Il faudrait donc penser qu'ils ont complètement négligé cet aspect.
Bachaumont le 20 novembre 1770 écrit "... et a parcouru en une heure cinq quarts de lieue ..." SI Bachaumont est digne de foi, le contrat était rempli, et la chaudière fournissait une plus grande autonomie.
J'ai une théorie.
Il y a eu deux chaudières. Une ancienne, non performante et une nouvelle. Si on admet l'accident, la chaudière a du être endommagée.
Celle du CNAM a un seul accroc - à l'arrière -. Est-il impossible que la bonne chaudière hors d'usage soit remplacée par l'ancienne avant le transfert au CNAM ? C'est peut-être tiré par les cheveux, mais j'ai trop de respect pour Cugnot et Brézin.

La réplica du Deutsch Bahn Museum
Nous travaillons pour la rendre roulante. Elle a été réalisée pour le cinéma. Nous avons fondu les deux cylindres (respect des cotes de la commande de Gribeauval à Strasbourg) en bronze et le distributeur en s'inspirant de photos de celui du CNAM et des plans que vous connaissez.
Nous en sommes au mécanisme. Sans plans exacts nous faisons de notre mieux.
L'étape suivante sera de faire tourner la roue de la réplica avec de l'air comprimé.
Si cela fonctionne (et cela fonctionnera) nous devons refaire le châssis. Celui du Musée est trop fragile. Les fabricants de diligences pour les films du Far West peuvent s'en sortir sans problème.
Il reste le problème de la chaudière. Pour l'instant nous sommes à court d'idées. Les chaudières de l'époque étaient faites pour des machines fixes mais l'eau se renouvelait. Avec une machine atmosphérique, c'est sans problème vu les très basses pressions. J'ai imaginé un système (sans pompe),
A suivre...
Le fardier de Nuremberg a été construit en 1935 à l'occasion du centenaire des chemins de fer allemands. D'autres répliques ont aussi été mises en chantier dont la locomotive de Stephenson qui a été la première en service sur la Deutch Bahn. Un film a été réalisé mais a aussitôt été interdit par Hitler sous le prétexte qu'il y a avaient trop de machines à vapeur anglaises ou française. Le film a été sauvé et j'ai pu en obtenir une copie. La séquence projetée au CNAM en fait partie. Dans notre musée, j'ai coupé la séquence de l'accident, vrai ou faux, c'est la seule chose dont les visiteurs se souviennent.
De fait les roues font marcher les pistons (regardez bien le film) la vapeur produite par une lessiveuse cachée dans la chaudière alimente les cylindres en passant par le distributeur qui est factice. Des ouvertures à la base des pistons laissent échapper la vapeur en fin de course. Le résultat pour le cinéma est excellent.
La réplique a voyagé (entre autre en Tchécoslovaquie) et se trouvait dans une remise lorsque j'ai pris contact avec le Musée à Nuremberg. Nous l'avons en prêt avec l'autorisation de la modifier et de l'améliorer. Les dimensions sont conformes à l'original.
Je ne sais pourquoi, mais les Allemands semblent vouer un culte à Cugnot.
Comme vous le savez, ils ont financé la reconstruction du monument de Void avec le Deutsch Museum en tête de file. Ils ont réalisé d'excellentes maquettes et finalement ont fait le film.
J'ai un portrait de Cugnot (mais oui) mais de fait il semble qu'il s'agisse de celui de l'acteur qui jouait dans le film. Le portrait pourrait se trouver sur le monument. Au fait il y a un frein par sabot sur la roue avant et commandé par pédale (certainement sans efficacité).

Michel Brézin.
C'est l'autre partie de l'équation. On en parle dans un livre écrit au 19éme siècle par le Baron Ernouf sur son fils prénommé aussi Michel (Histoire de trois ouvriers français).
Le père était illettré et interdisait à son fils d'apprendre à lire pour qu'il invente de lui-même sans copier sur les autres. Sans doute une forte personnalité.
Au musée de la Monnaie il y a un balancer construit par Brézin père. C'est une pièce mécanique de toute beauté et dans l'espace de quelques mois, Brézin en a livré plusieurs à la Monnaie. Il est indiqué, par erreur, que le balancier a été réalisé par Brézin fils qui à l'époque devait avoir à peine 20 ans et qui, fâché avec son père, devait travailler à Bordeaux.
Brézin père n'était pas employé à la Monnaie mais travaillait en entrepreneur indépendant pour la Monnaie. D'après l'ampleur du travail pour faire les balanciers il devait avoir une entreprise de serrurerie assez importante, ce qui peut expliquer la construction du second fardier en moins d'un an.
La Monnaie me dit n'avoir aucune archive concernant les contrats avec Brézin. Si, habitant à Paris, vous avez vos entrées, ce serait intéressant à vérifier. Le fils a aussi travaillé pour l'Arsenal mais plus tard après la Révolution, entre deux fontes de cloches.
Je trouve la réalisation du fardier splendide (en dehors de la chaudière) La roue avant se démonte en moins de deux heures et c'est la même chose pour la chaudière. Nous l'avons expérimenté sur la réplique allemande.
Au fait, notre but est aussi de démontrer que le fardier doit fonctionner... avec une chaudière.




L'EPOQUE DE CUGNOT

• la France de Cugnot (1725-1804)

1722-1774 Louis XV le Bien-Aimé (15.2.1710-10.5.1774)
1774-1792 Louis XVI (23.8.1754, guillotiné le 21.1.1793), Monarchie Constitutionnelle du 1.10.1791 au 10.8.1792
1792 La Commune (10.8.1792-20.9.1792)
1792-1804 La Première République (22.9.1792-18.10.1804)
1795-1799 Le Directoire (23.9.1795-9.11.1799)
1799-1804 Le Consulat (13.12.1799 au 18.5.1804)
1804-1814 1er Empire (18.5.1804-6.4.1814)

Marie-Thérèse, "Impératrice-Reine" d'Autriche, de Hongrie et "Roi" de Bohême (1717-1780)

Née à Vienne, archiduchesse d'Autriche, impératrice du Saint Empire romain germanique de 1740 à 1780, reine de Hongrie de 1741 à 1780, et de Bohême de 1743 à 1780.
Elle devint impératrice à la mort de son père, l'empereur Charles VI, en 1740, mais son avènement fut aussitôt contesté. En effet, Charles VI avait, par la "pragmatique sanction", essayé de préserver l'indivisibilité des territoires autrichiens et les droits de Marie-Thérèse au trône ; mais après sa mort éclata la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748), au cours de laquelle la Prusse s'empara de la Silésie.
La reconquête de la Silésie fut le principal souci de Marie-Thérèse au cours de la guerre de Sept Ans qui suivit (1756-1763), mais elle y échoua. Elle acquit la Galicie en 1772, lors du premier partage de la Pologne, et la Bukovine en 1775.
Marie-Thérèse fit œuvre centralisatrice, défendit le pouvoir de l'Etat contre celui de l'Eglise, mais se refusa à toute tolérance et proclama le catholicisme religion d'Etat. Elle réforma l'administration de la justice et l'éducation, et adoucit la condition du servage.
Elle fut une souveraine avisée et équilibrée, ce qui lui valut une exceptionnelle popularité.
A partir de 1740, elle prit comme corégent son mari, François Ier de Lorraine (qu'elle fit élire empereur en 1745), et, après la mort de celui-ci en 1765, son fils, le futur Joseph II. Elle eut seize enfants, parmi lesquels Joseph II, Léopold II et Marie-Antoinette.


François 1er de Habsbourg-Lorraine (1708-1765)
Né à Nancy, Duc de Lorraine sous le nom de François III, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, dont il prit le nom (Habsbourg), il fut élu empereur d'Allemagne en 1745, après une longue lutte contre l'Electeur de Bavière, Charles VII.
Il régna dans l'ombre de sa femme et eut seize enfants, parmi lesquels les empereurs Joseph II et Léopold II, Marie-Antoinette, reine de France, et Marie-Caroline, reine de Naples.


Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789)
Général d'artillerie français, né à Amiens en 1715, mort à Paris en 1789.
Il entra comme volontaire dans le régiment de Royal-Artillerie en 1735, devint officier dans le corps des mineurs, et se fit connaître par un rapport remarquable sur l'artillerie prussienne. Marie-Thérèse le prit à son service, en 1757, comme chef de l'artillerie autrichienne. Il s'illustra en défendant Schweidnitz contre Frédéric II, fut fait prisonnier, échangé et nommé feld-maréchal lieutenant.
Etant retourné en France, il devint successivement maréchal de camp (1762), lieutenant général (1765), grand-croix de Saint-Louis et premier inspecteur de l'artillerie (1776).
C'est grâce à ses réformes que l'artillerie française, au début de la Révolution, était de beaucoup la meilleure de l'Europe. De lui datent les calibres en usage pendant un siècle dans toutes les armées de l'Europe.
Gribeauval a été écarté le 14 janvier 1774 du commandement par Louis XV à la suite du procès des Invalides (1773), ce qui nous ramène à la vie de Carrié de Monthieu et au procès du Colonel de Bellegarde.
En effet Gribeauval avait été outré de l'usage tronqué de ses écrits qui avait été fait pour condamner Montieu et Bellegarde, il protesta auprès de Monteynard et du Maréchal de Biron, ce qui lui valu la disgrace du roi.
Deux ans plus tard, le Comte de Saint Germain (ministre de 1775 à 1777) qui rénovait l'armée fait appel à nouveau à Gribeauval pour achever la réforme de l'artillerie commencée par lui puis suspendue.


Etienne François, Duc de Choiseul (1719-1785)

Né à Nancy, homme politique français. Protégé de Mme de Pompadour, le duc de Choiseul devint, en 1758, secrétaire d'Etat aux A"aires étrangères.
Avec son cousin Praslin, il garda la haute main sur ce ministère, ainsi que sur ceux de la Guerre et de la Marine : en fait, il dirigea le gouvernement pendant douze ans. Sa politique consista à préparer la France en vue de reprendre la lutte contre l'Angleterre après le traité de Paris.
Avec les Bourbons d'Espagne et d'Italie, il négocia l'alliance appelée "pacte de Famille" et resserra l'alliance autrichienne par le mariage du dauphin avec Marie-Antoinette.
Il créa à La Flèche une école militaire pour les fils de nobles; il dota l'armée d'un canon léger et plus maniable, dû à l'ingénieur Gribeauval; il réorganisa l'Ecole de la marine, créa une fonderie de canons près de Nantes, un arsenal à Marseille, et reconstitua une importante flotte.
En 1765, à la mort de Stanislas Leszczynski, Choiseul réunit la Lorraine au royaume ; en 1768, il acheta à la République de Gênes ses droits sur la Corse.
En politique intérieure, il soutint le Parlement dans sa lutte contre les jésuites, puis contre le duc d'Aiguillon, gouverneur de la Bretagne.
Combattu par la nouvelle favorite de Louis XV, Mme du Barry, Choiseul fut exilé dans sa terre de Chanteloup pour avoir proposé de soutenir l'Espagne en conflit, dans ses colonies, avec l'Angleterre.


Jeanne Antoinette Poisson, marquise de Pompadour (1721-1774)

Née à Paris, favorite de Louis XV.
Après avoir épousé, en 1741, le fermier général Charles Guillaume Le Normant d'Étiolles, elle devint, en 1745, la maîtresse de Louis XV et acquit sur le roi une très grande influence qu'elle conserva jusqu'à sa mort. Cependant, son rôle politique a sans doute été exagéré.
Elle s'intéressait beaucoup aux domaines de l'esprit et fut la protectrice des artistes et des philosophes du siècle des Lumières (création de la manufacture de Sèvres, en 1756 ; défense de l'Encyclopédie, en 1752).
On a donné le nom de "style Pompadour" au style introduit en France et mis à la mode sous Louis XV par la marquise de Pompadour, annonçant le style Louis XVI, et qui marqua surtout l'ameublement et la décoration.
Jakob Leupold (1674-1727)


Charles de Lorraine


Louis XV le Bien-Aimé (1710-1774)

Né à Versailles, roi de France de 1715 à 1774. Il était le fils de Louis, duc de Bourgogne, et l'arrière-petit-fils de Louis XIV, et devint roi à 5 ans.
Comme en 1610 et en 1643, le parlement de Paris, à qui avait été rendu le droit de remontrances, annula les dispositions du testament de Louis XIV instituant un Conseil de régence, et donna le pouvoir sans restriction au duc Philippe d'Orléans pendant la minorité de Louis XV. Le Régent, sur les conseils de Saint-Simon, remplaça les secrétaires d'Etat par des conseils où ne siégeaient que des membres de la plus haute noblesse. Ce système de réaction aristocratique, connu sous le nom de polysynodie, n'apporta que des troubles dans les affaires et, dès 1718, les secrétaires d'Etat furent rétablis. Pour remédier à la situation désespérée du Trésor, le Régent s'en remit à Law, qui fonda une banque, introduisit la monnaie-papier et créa des entreprises commerciales par actions. Cette aventure financière finit en banqueroute.
Proclamé majeur en 1723, Louis XV conserva le duc d'Orléans comme Premier ministre. Celui-ci mourut quelques mois après et fut remplacé par le duc de Bourbon qui imposa au roi le mariage avec Marie Leszczynska, fille du roi détrôné de Pologne. Le duc fut renvoyé en 1726 et le cardinal Fleury, ancien précepteur de Louis XV, lui succéda. Sous son ministère, le contrôleur général Orry remit de l'ordre dans les finances, donna une valeur fixe aux monnaies, fit construire des routes. Le commerce progressa beaucoup : Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Le Havre connurent une grande prospérité; un empire colonial français se constituait. Fleury imposa l'adhésion de tous les ecclésiastiques à la bulle Unigenitus contre le jansénisme et s'attira ainsi l'hostilité du parlement, qui alla jusqu'à suspendre le cours de la justice. Fleury fit également intervenir la France dans la guerre de Succession de Pologne en 1733, pour soutenir le beau-père de Louis XV contre les Habsbourg d'Autriche.
Au traité de Vienne, en 1738, Stanislas Leszczynski renonça à la Pologne et reçut la Lorraine et le comté de Bar, qui, à sa mort, revinrent à la France; une troisième maison royale de Bourbon fut installée à Naples, où don Carlos devint roi des Deux-Siciles. Sans intervenir directement, Fleury soutint la Turquie attaquée par la Russie et l'Autriche, et obtint en échange du sultan le renouvellement des capitulations en faveur de la France. Enfin, contre son gré, il fut entraîné dans la guerre de Succession d'Autriche, mais mourut la même année, en 1743.
Le règne personnel. Louis XV annonça alors son intention de gouverner lui-même, sans Premier ministre. Contrairement à une légende tenace, s'il se laissa influencer par des favorites (la duchesse de Châteauroux, Mme de Pompadour, Mme Du Barry, qui intervinrent dans les nominations ou le renvoi des ministres, des chefs de l'armée, dans la politique extérieure), il ne fut pas le souverain frivole qu'on a décrit et sut aussi s'entourer de ministres de valeur – ce qui ne l'empêcha pas de s'aliéner l'opinion publique et le parlement de Paris – : le comte d'Argenson, secrétaire d'Etat à la Guerre, excellent administrateur; Machault d'Arnouville, nommé contrôleur général des Finances en 1745, qui entreprit une réforme profonde de l'impôt, mais se heurta à l'opposition du parlement, et surtout à celle du clergé, qui obtint le maintien de ses privilèges; le duc de Choiseul, qui devint en 1758 secrétaire d'Etat aux A"aires étrangères. Ce dernier prit parti contre les jésuites, dont l'ordre fut supprimé en France en 1764. Il réunit la Lorraine et le Barrois à la France en 1766, acheta la Corse à la République de Gênes en 1768. Mais il dut aussi signer en 1763 le désastreux traité de Paris qui mettait un terme à la guerre de Sept Ans et sanctionnait la perte du premier empire colonial français au profit de l'Angleterre. Nommé en outre secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Marine, il réorganisa l'armée et constitua la flotte, en vue d'une reprise des hostilités contre l'Angleterre. Il fut disgracié en 1770.
Le pouvoir fut ensuite exercé jusqu'à la fin du règne par un triumvirat composé du chancelier Maupeou, de l'abbé Terray et du duc d'Aiguillon. Le parlement de Paris s'étant refusé à enregistrer les édits, Maupeou l'exila, puis le supprima, et le remplaça par six conseils supérieurs, dont les membres étaient nommés et appointés par le roi. La vénalité des charges dans la magistrature se trouva ainsi abolie; les "épices" (gratifications que les plaideurs devaient payer au juge pendant un procès) étaient interdites, et les frais de justice, diminués. La réforme, qui visait à la fois à abaisser la noblesse de robe, à renforcer l'absolutisme royal et à protéger les justiciables, fut ensuite étendue aux parlements de province. Elle suscita l'opposition des élites, de plus en plus gagnées aux principes des Lumières et du "despotisme éclairé", mais apparaît aujourd'hui souvent comme une tentative hardie – quoique vouée à l'échec par l'ampleur des pesanteurs sociales – de réformer l'Etat monarchique.
Quant à l'abbé Terray, contrôleur général des Finances, il eut recours à des banqueroutes partielles, à des créations d'impôts sur le papier, sur les livres, à des emprunts forcés.
Le règne s'acheva dans un mécontentement général, et Louis XV mourut détesté. Ecrivains, philosophes, économistes répandaient des "idées nouvelles"; on s'attaquait à l'intolérance religieuse, à l'absolutisme, aux privilèges. De nouvelles revendications, tels le respect des "En 1734 paraissaient les Lettres philosophiques de Voltaire, en 1748 l'Esprit des lois de Montesquieu, en 1762 le Contrat social de Rousseau, de 1751 à 1772 l'Encyclopédie de Diderot. À cette époque, la France jouissait en Europe d'un prestige incontesté dans le domaine de la pensée : elle était par excellence le pays des Lumières.


Hermann Maurice, Maréchal de Saxe (1696-1750)
Né à Goslar (Basse-Saxe), maréchal de France, fils naturel d'Auguste II, Electeur de Saxe et roi de Pologne.
Passé au service de la France et naturalisé français, il s'illustra dans la campagne de Bohême (1741-1742), pendant la guerre de la Succession d'Autriche.
Maréchal de France, il remporta la victoire de Fontenoy sur les Anglo-Hollandais, en 1745, puis celles de Rocourt, en 1746, et de Lawfeld, en 1747, sur les Autrichiens, et s'empara de Maastricht en 1748.
Ses nombreuses liaisons (avec la duchesse de Courlande, avec Adrienne Lecouvreur...) défrayèrent la chronique de son temps.
Il passa les dernières années de sa vie à Chambord, que lui avait o»ert Louis XV. George Sand était, par sa grand-mère, Mme Dupin de Francueil, l'arrière-petite-fille du maréchal de Saxe.


marquis de Monteynard


Monsieur de Planta


L.N. Rolland, commissaire général de l'Artillerie


Bachaumont, chroniqueur militaire de Louis XV


M Mazurier, directeur de l'Arsenal Militaire de Paris


Brezin, fondeur de l'arsenal de Paris


M. de Chateaufer, directeur de l'Artillerie à Strasbourg


Jeanne Bécu, comtesse Du Barry (1743-1793)
Née à Vaucouleurs (Meuse), favorite du roi Louis XV.
Fille naturelle, prostituée, elle devint l'épouse de Guillaume comte du Barry, puis, en 1768, la favorite du roi. D'un grand charme, d'une intelligence fine, favorable aux idées des Lumières, elle fut à l'origine de la disgrâce de Choiseul et de la nomination de Maupeou. Elle fut décapitée sous la Terreur.


général Marquis de Saint-Auban, maréchal de camp d'artillerie


général Morin


Napoléon Bonaparte - Napoléon Ier (1769-1821)
Né à Ajaccio, empereur des Français de 1804 à 1815.
Né de Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino dans l'île de Corse fraîchement rattachée à la France, Napoléon put bénéficier d'une éducation militaire aux écoles de Brienne, puis de Paris, et mena une vie de garnison jusqu'en 1792.
C'est l'insurrection anti-française du Corse Paoli, adversaire de la famille Bonaparte, qui le mena à s'engager aux côtés des jacobins et de Robespierre. Grâce à lui, Toulon fut reprise aux Anglais en décembre 1793, et il fut promu général de brigade.
Mis à l'écart après Thermidor, il revint au premier plan grâce à Barras, qui fit appel à lui pour écraser l'insurrection royaliste du 13 Vendémiaire (1795), épousa Joséphine de Beauharnais, et obtint le commandement de l'armée d'Italie : sa campagne éclatante (1796-1797) le rendit célèbre et influent. Il engagea alors l'expédition d'Égypte pour couper la route anglaise des Indes, projet qu'il abandonna pour rentrer en France en 1799.
La popularité extrême du jeune général facilita le coup d'État du 18 Brumaire, mené en accord avec Sieyès ; Napoléon fut nommé Premier consul et obtint des pouvoirs étendus par la Constitution de l'an VIII.
Vivant entouré de ses aides de camp à la Malmaison, Bonaparte se voulut chef de la nation et continuateur de l'État révolutionnaire.
Il conduisit des réformes institutionnelles et administratives durables, telles que le Code civil, et rétablit la paix religieuse par le Concordat de 1801. C'est la lutte victorieuse contre l'Autriche et l'Angleterre, scellée par la paix d'Amiens en 1802, qui lui permit de renforcer ses pouvoirs avec la Constitution de l'an X, qui instaurait le Consulat à vie, puis avec l'instauration de l'Empire (1804).
Le régime impérial qui débuta avec le sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame par Pie VII (2 décembre 1804) était avant tout lié au succès des armes et à l'ambition autoritaire d'un seul homme. S'il poursuivit son action de centralisation et d'organisation d'un pouvoir personnel original en mettant en place une cour et une noblesse d'Empire, Napoléon reprit une politique de conquêtes en Italie, en Espagne et en Hollande, qui le laissa face à six coalitions européennes successives.
Pour lutter contre l'Angleterre, qui avait remporté la victoire de Trafalgar en 1805, Napoléon se rapprocha de la Russie et de l'Autriche, et épousa l'archiduchesse d'Autriche Marie-Louise en 1810. La rupture de l'alliance avec le tsar le mena en 1812 à la désastreuse campagne de Russie, puis à une série de défaites jusqu'à sa capitulation et son exil à l'île d'Elbe (traité de Fontainebleau, 1814).
L'échappée triomphale des Cent-Jours, en mars-juin 1815, ne résista pas aux armées coalisées, qui remportèrent la victoire finale à Waterloo.
Napoléon fut alors déporté à Sainte-Hélène, où il mourut après avoir dicté ses Mémoires à Las Cases, premier élément d'une légende nationale durable.


MAQUETTES - REPLIQUES

En 1851, Bourbouze exécuta un modèle réduit, au 1/6e du fardier de Cugnot, conservé dans l'une des vitrines du Conservatoire des Arts et Métiers.
Restaurateur : Christian Robert, 1966, Villeneuve le Comte, France - CNAM 1975, Atelier MNT, rue Saint Martin, Paris, France.


La très jolies réalisation de Fabrice Genisson, de Void.

LA REPLIQUE DE 1989



L'année 1988 avait été marquée par le lancement du premier jeu concours de la maintenance et, suite à son succès et son retentissement dans le monde industriel comme dans les réseaux de sous-traitance, ce concours a été vivement relancé cette année. L'objectif de ce thème, comme le précise Xavier Goulpeau, organisateur de cette manifestation : "Fêter à notre manière le bicentenaire de la révolution française et confirmer les perspectives d'évolution technique de la profession". Onze sponsors prestigieux se sont associés à ce projet.
Le jeu concours national de la maintenance s'articule sur deux phases :
un questionnaire se rapportant à tous les domaines de la maintenance,
un dossier présentant les activités et réalisations en place ou expérimentées dans le service de maintenance du candidat.
Le challenge 89 est destiné, dans chaque région de France, aux ingénieurs prêts à relever un défi, c'est-à-dire la reconstruction du premier véhicule automobile mû par la vapeur, le fardier de Cugnot, pouvant battre le record de distance de son inventeur, qui était d'une demie-lieue, grâce aux "solutions maintenance" qu'ils pourront lui apporter.
Les onze sociétés qui ont bien voulu sponsoriser et soutenir ce jeu :
Aquitaine Systèmes, Franck et Maxxi (Directeur Commercial J. Satin), Industries et techniques (directeur duplication S. Scolan), Laborde et Kupfer-Repelec (M. Salmon), Polymon (Mme Platen), PSDI-Maximo (M. P. Robez), Shell Lubrifiants (M. Robic), Site (Mme Scchneider), Socotec Maintenance Services (M. Maze) et Unil (M. Anthamatlen).
Grâce à leur motivation et à leur dynamisme, elles ont su marquer tout l'intérêt qu'elles portent aux professionnels.
La remise des trophées à l'Aquaboulevard de Paris a eu lieu le 8 juin 1989 sous le parrainage de Industries et techniques et du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris (Musée National des Techniques).



Ceux qui ont relevé le défi

Peu nombreux étaient les fardiers reconstitués, tâche très difficile à réaliser en peu de temps. Seule la Lorraine était à l'honneur avec la collaboration de deux lycées techniques et un lycée professionnel qui ont su mettre leurs compétences en commun en créant le "Projet lorrain", afin de relever le challenge 89. Bravo encore aux élèves du Lycée professionnel Nicolas-Joseph Cugnot de Toul, au Lycée général et technologique Henri Loritz de Nancy et au Lycée général et technologique Jean Hanzelet de Pont-à-Mousson, sans oublier la coordination par l'ESSTIN (Ecole Supérieure des Sciences et Technologies des Ingénieurs de Nancy) pour le projet, l'Inspection Pédagogique Régionale ainsi que tous les professeurs.

La préparation des tâches pour une telle réalisation

Lycée Cugnot : montage de la chaudière et réalisation artisanale du châssis avec la participation de l'ERM (Etablissement Régional du Matériel de l'Armée),
Lycée Loritz : adaptation de la motorisation, réalisation de la mécanique et de la mise au point,
Lycée Hauzelet : étude du dossier maintenance, analyse AMDEC (détermination des causes de dysfonctionnement d'un système avec apport des remèdes), réalisation des dessins en DAO.

Encore une fois bravo à l'enseignement technique et professionnel qui confirme le haut niveau de ses compétences et l'immense possibilité de ses réalisations auprès des industriels, dans le présent mais surtout dans l'avenir."


Le fardier de Cugnot a été reconstruit à l'échelle 1/2 et, fonctionnant à toute vapeur, a battu le record de distance de l'époque. Pour des raisons de bon fonctionnement, la chaudière avait été placée sur la partie arrière du fardier, une modification étant prévue pour la reloger à l'avant.